Avant les conséquences, il y a les causes. Si le Hamas a pu remporter une telle victoire, c'est avant tout que la majorité sortante, celle du Fatah, du mouvement créé par Yasser Arafat, était totalement disqualifiée par dix années de pouvoir absolu, présidentiel et parlementaire.

En dix ans, ce parti s'était confondu avec l'Autorité palestinienne. La corruption de ses cadres s'était ajoutée à leur impéritie pour créer une économie de prébendes dans laquelle rien ne s'était construit et, après cinq ans d'Intifada, d'attentats-suicides et de lourdes ripostes israéliennes, le bilan des sortants était un double échec, celui de leur gestion et celui de la paix.

C'est, avant tout, pour l'alternance que les Palestiniens ont voté. Mais maintenant?

Il y a, maintenant, deux évolutions possibles. Dans la première, l'ampleur de ce triomphe du Hamas et le probable refus de ses dirigeants de renoncer à la violence conduisent les Israéliens à accélérer la construction du Mur et à se retirer derrière lui.

Très forte avant ces élections, cette tentation l'est plus encore aujourd'hui pour la simple raison qu'il serait vain pour Israël de tenter de négocier un compromis avec un gouvernement formé par un parti qui dit vouloir le détruire.

Aux yeux des Israéliens, tout justifie maintenant cette option de la «séparation» qui aurait, comme son nom l'indique, l'avantage de séparer les combattants mais l'inconvénient d'être tout, sauf porteuse de paix.

De l'autre côté d'une ligne hermétique et tracée par les Israéliens, les Palestiniens vivraient alors sous haute surveillance, sans libre accès au monde extérieur et dans le ressentiment, surtout, puisqu'ils n'auraient récupéré qu'une partie de leurs Territoires et que leurs conditions de vie seraient plus mauvaises que jamais.

Non seulement cette Palestine-là serait un lieu de malheur mais elle serait également un bouillon de culture, d'autant plus inquiétant à terme que cette victoire du Hamas, de la branche palestinienne des Frères musulmans, pourrait précipiter d'autres succès des islamistes dans le monde arabe. Les Frères sont virtuellement majoritaires en Egypte et au Maroc. Ils sont prêts à ramasser le pouvoir en Syrie si le régime en place s'y effondrait. Ils progressent dans le Golfe et, stratégie de «démocratisation» des Américains aidant, on peut imaginer, sous quelques années, un Proche-Orient gouverné par les islamistes et dans lequel une nouvelle guerre israélo-arabe deviendrait possible.

C'est l'évolution de tous les dangers mais il n'est pas déjà dit qu'elle soit inéluctable. Elle ne l'est pas car, comme George Bush le disait jeudi dans un accès de lucidité, ce raz-de-marée ne signifie pas que les électeurs palestiniens refusent la paix. Ils veulent mieux vivre et retrouver l'espoir d'un Etat, et le Hamas devra répondre à ces attentes.

Il lui sera, autrement dit, difficile de ne pas chercher à éviter que l'Europe et les Etats-Unis ne suspendent leur aide à la Palestine et qu'Israël ne fasse tout pour asphyxier son économie. Héritier d'une Autorité en banqueroute et devant rendre des comptes à des citoyens qu'on vient de voir exigeants, il ne pourra pas faire n'importe quoi.

Il n'est donc pas impossible que, le moment venu, au lendemain des élections israéliennes, ce mouvement profite de sa légitimation électorale pour confirmer le tournant que certains de ses dirigeants ont amorcé et finalement accepter des pourparlers sur la coexistence de deux Etats. Cela n'a rien d'impossible mais, certainement, rien de certain.

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