CHRONIQUE

Le tremblement de terre et ses victimes

Le tremblement de terre de L’Aquila, en avril 2009, a enlevé la vie à plus de 300 personnes. Il a fait bien d’autres victimes encore

Il ne fait pas bon être sismologue en Italie, on l’a bien compris avec le procès qui a abouti le mois dernier à la condamnation de sept d’entre eux, à la suite du tremblement de terre de L’Aquila, en avril 2009. Les victimes les accusent de ne pas les avoir suffisamment protégées avant la catastrophe.

Bien sûr, il ne fait pas bon être victime.

Il ne fait pas bon être juge non plus. Les victimes, les sismologues, l’accusent de condamner injustement la science, parfaite innocente. «Une justice d’ignorants», a dit dans ces colonnes le géologue cantonal du Valais, Jean-Daniel Rouiller.

Il ne fait pas bon être journaliste. La victime, la Vérité, se plaint d’avoir été mal interprétée: le juge n’a pas condamné les sismologues pour n’avoir pas prévu le tremblement de terre mais pour avoir donné au public des informations «inexactes, incomplètes et contradictoires».

Il ne fait pas bon être géologue dans le Valais quand on doit se baser sur des journalistes qui ne sont pas des juges, ni des sismologues, ni des victimes et qui n’ont pas le temps de servir la Vérité comme tout le monde voudrait.

Il ne fait pas bon être responsable de la protection civile, surtout en Italie si l’on est proche du premier ministre, un poste qu’il faisait bon d’occuper quand on s’appelait Silvio Berlusconi. Ledit responsable avait convoqué les sismologues à L’Aquila le 31 mars 2009 pour qu’ils tranquillisent la population. Les sismologues avaient fait de leur mieux, c’est-à-dire, en termes de communication, le plus mal possible: il n’y avait, selon eux, «aucun motif de croire qu’une suite de secousses de faible magnitude soit le précurseur d’un événement majeur». Ayant conclu cela scientifiquement, ils avaient laissé les officiels de la protection civile expliquer que les petites secousses enregistrées depuis des semaines contribuaient à décharger l’énergie et que, dans ces conditions, la situation pouvait apparaître comme «favorable». Une bêtise que les sismologues de la Commission sur les grands risques n’avaient pas corrigée.

Il ne fait pas bon, de la part des préposés à la protection civile, se prendre pour des scientifiques. Car, cinq jours plus tard, le tremblement de terre arrachait la vie à plus de 320 personnes. Le premier ministre Berlusconi courait sur place en «sauveur».

Il ne fait pas bon habiter l’Italie. Les victimes, les Italiens, s’accusent entre eux d’avoir une terre instable, des sismologues imprévoyants, une justice injuste, une protection civile imprudente, et bien d’autres choses encore.

Mais qu’il fait bon être éditorialiste anglais au New Scientist. Dans sa grande sagesse, qu’il tient peut-être de Lucrèce – «Il est doux de regarder depuis la terre un marin lutter contre les flots pour voir à quels malheurs on échappe soi-même» –, le journal recommande que les scientifiques s’occupent eux-mêmes de leur communication. Moyennant une formation idoine, donnée par la puissance conjuguée du cœur et de la raison, les gens de science sauront ainsi guider les gens qui en manquent.

Il ne fait pas bon être l’auteur d’une chronique aussi morose. Les lecteurs victimes auront raison de s’abonner immédiatement au New Scientist, qui sait trouver des solutions, même pour l’Italie.

Une terre instable, des sismologues imprévoyants, une justice injuste, une protection civile imprudente

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