L’anniversaire du vote historique du 6 décembre 1992 est célébré par les uns comme une victoire qui a «sauvé» la Suisse, les autres comme une défaite dont nous cueillons encore les fruits amers. Les années suivantes ont été difficiles sur le plan économique – chômage, inflation, arrêt de la croissance –, ce qui a sans doute été un facteur dans l’engouement de la fin des années 1990 pour l’adhésion à l’Union européenne, soutenue par les trois partis gouvernementaux autres que l’UDC. Le Conseil fédéral avait fait preuve d’endurance et de constance en ces temps-là: au lendemain de l’échec de l’EEE, il avait déclaré qu’il maintenait le cap sur l’adhésion à l’UE, en dépit du désaveu populaire. Il affirmait que le scrutin n’avait pas modifié son appréciation de l’intérêt du pays. Sept ans plus tard, il engrangeait deux succès: l’UE consentait à donner à la Suisse à la carte les éléments essentiels du menu que le peuple et les cantons avaient refusé; les partis radical, démocrate-chrétien et socialiste s’engageaient à leur tour sur la voie de l’adhésion. L’UE a accordé à la Suisse un accès privilégié au marché intérieur dès lors qu’elle exprimait la volonté d’en faire pleinement partie.