En 1992, le premier astronaute suisse Claude Nicollier s’envolait dans l’espace à bord de la navette américaine Atlantis dans le cadre d’une collaboration entre les agences spatiales européenne (ESA) et américaine (NASA). Il a fallu attendre exactement trente ans pour qu’un nouveau candidat astronaute suisse – Marco Sieber, jeune médecin urgentiste bernois de 33 ans – soit sélectionné par l’ESA.

Une bonne nouvelle pour la Suisse qui, ne disposant pas de sa propre agence spatiale, compte beaucoup sur les programmes de l’ESA pour le développement de ses compétences scientifiques et technologiques liées au domaine de l’espace. A l’instar de la mission ClearSpace-1 de nettoyage de débris dans l’orbite terrestre, une spécialité helvétique. Marco Sieber «donne un visage» à cette expertise, selon la secrétaire d’Etat Martina Hirayama. Son aura motivera sans doute les activités spatiales du pays, comme ce fut le cas après la sélection de Claude Nicollier.

Mais les contextes géopolitiques du spatial sont bien différents entre les deux générations d’astronautes suisses. Claude Nicollier n’a pas connu l’ISS, fruit d’un partenariat global entre cinq agences spatiales: Etats-Unis, Russie, Europe, Japon et Canada. Et son successeur Marco Sieber verra sans doute sa fin, prévue pour 2030. Forte des capacités de lancement du secteur privé, la NASA semble préférer abandonner à terme toute station spatiale d’orbite basse au commercial pour se concentrer sur l’exploration humaine vers la Lune puis Mars. De l’autre côté du globe, la Chine, elle, s’est imposée comme sérieuse concurrente dans la conquête spatiale, capable, avec ses propres lanceurs, d’envoyer des robots sur la Lune.

Pour assurer son autonomie vers l’espace, l’Europe sent qu’elle doit mettre la main au portefeuille. Ce mercredi à Paris, l’agence européenne a sécurisé 16,9 milliards d’euros répartis entre les 22 pays membres après d’âpres négociations lors de son Conseil ministériel, qui a lieu tous les trois ans. Soit une hausse d’environ 15% par rapport à 2019. La réunion s’est terminée juste avant que les projecteurs ne soient braqués sur Marco Sieber et ses quatre collègues. «L’Europe est au rendez-vous de ces ambitions spatiales, elle se donne les moyens, pour renforcer sa souveraineté face aux Etats-Unis et à la Chine», a martelé le ministre français Bruno Le Maire en guise de conclusion. La nouvelle génération d’astronautes entre de plain-pied dans une conquête spatiale en mutation.