La succession d’Angela Merkel promettait de ne pas être facile. Après seize ans au pouvoir, la chancelière allemande, toujours populaire, laisse derrière elle un Parti démocrate-chrétien (CDU/CSU) plein de doutes. Le fort soutien apporté lundi par la direction du parti à la candidature d’Armin Laschet pour les législatives du 26 septembre pourrait indiquer que le parti a surmonté son questionnement interne. Il n’en est rien.

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Laschet a pu se targuer d’un bilan positif à la tête du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé d’Allemagne. Mais depuis qu’il a accédé à la présidence de la CDU en janvier, les affaires se compliquent. Laxiste en matière de lutte contre le Covid-19 à ses débuts, il s’est rallié tardivement à des mesures plus strictes. Il a beau être proche de Merkel, sa cote de popularité est en chute libre. De plus, la guerre des chefs fait rage au sein des démocrates-chrétiens. Il y a peu, Markus Söder, président de la CSU, le parti frère, s’est lui aussi porté candidat. Avec l’appui massif de la CSU, qui n’a jusqu’ici jamais réussi à faire élire un chancelier, ce très populaire chef du land de Bavière ne compte pas prendre de décision avant la fin de la semaine.

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Or, face aux Verts, qui sont en pleine ascension (près de 23% des intentions de vote) et qui désigneront leur candidat le 19 avril, il y a pourtant urgence à trancher. La CDU est sur une trajectoire inquiétante. Elle a enregistré voici peu ses pires scores électoraux dans le Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, la patrie d’Helmut Kohl. Elle n’est plus créditée que de 26-28% des intentions de vote, contre 35% en février. Elle est happée par des affaires de corruption en lien avec l’achat de masques anti-covid. Si s’ajoute à cela une lutte fratricide entre CSU et CDU, la succession d’Angela Merkel pourrait tourner au cauchemar.

Un effondrement du parti ne serait bon ni pour notre voisin, ni pour l’Europe. Le vrai danger, pour Armin Laschet, est d’être soutenu avant tout par les dirigeants de la CDU qui refusent la tenue de primaires. Ce manque de légitimité populaire au sein du parti pourrait se retourner contre lui le 26 septembre prochain.

Pour renverser la tendance, cet ex-eurodéputé francophile devra convaincre vite. Au fil de sa carrière, il a su faire preuve de combativité. Il incarne aussi, à l’image de Merkel, un centrisme apprécié outre-Rhin et la stabilité, une vertu que les Allemands vénèrent. Imbibé d’Europe, il semble armé pour pondérer au mieux le rôle d’une Allemagne forte dans le concert européen.