Editorial

Très lointaine «Exitaly»

Paradoxalement, la défaite de Matteo Renzi dans le référendum de dimanche donne davantage de marge de manœuvre à l’Italie pour résoudre ses problèmes

Un gouvernement qui tombe à la suite d’un référendum, dans un pays où les banques cherchent 20 milliards d’euros et où le PIB reste inférieur à son niveau d’avant la crise financière, faute de croissance. De nombreux ingrédients étaient réunis pour que la victoire du non au référendum italien de dimanche provoque un nouveau séisme dans l’Union européenne. Comme si le pire du Brexit et de la crise de la dette grecque avait été réuni pour déclencher une «Exitaly» – une sortie de l’Italie de la zone euro – et faire trembler l’édifice communautaire sur ses fondations.

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La pression sur l’Italie sera considérable dans les prochaines semaines. En particulier sur ses banques, dont deux des plus importantes ont un urgent besoin de se recapitaliser, Monte dei Paschi di Siena et UniCredit. Les investisseurs internationaux, censés mettre la main à la poche, seront réticents à déplacer des capitaux vers un pays souffrant d’instabilité politique. La victoire du non complique l’émergence d’autres solutions, mais pas au point de provoquer une crise à combustion rapide.

Même si le oui l’avait emporté dimanche, ces problèmes italiens n’auraient pas disparu pour autant. Paradoxalement, la défaite de Matteo Renzi dans les urnes pourrait même constituer une chance pour nos voisins transalpins. Dès lundi matin, l’incertitude dans laquelle a plongé le pays a généré un élan de sympathie et de soutien pour l’Italie et ses banques.

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Lundi, l’Eurogroupe a ainsi autorisé Rome à relâcher un peu ses efforts sur son budget, le temps que la poussière retombe. Lors de sa réunion de jeudi, la Banque centrale européenne devrait autoriser un report dans le temps des recapitalisations bancaires. Et dans l’intervalle, l’institut continuera à acheter de la dette italienne, ce qui évitera que les taux prennent l’ascenseur. Enfin, les épargnants italiens, qui détiennent près de 3 milliards d’euros d’obligations bancaires convertibles valant potentiellement à peu près rien, doivent être préservés. Les leçons de la crise de la dette grecque ont été retenues. L’«Exitaly» semble soudain bien lointaine.

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