Chasseurs, éleveurs et écologistes ne sont pas encore les meilleurs amis du monde. Mais ils ne sont plus tout à fait les ennemis acharnés qu’ils ont été durant des décennies. Depuis, notamment, que le loup a fait son apparition en Suisse, dans le val Ferret, voilà dix-huit ans. Après avoir accepté d’entrer en discussion en novembre 2010, ils ont annoncé mardi qu’ils étaient parvenus à rapprocher leurs points de vue sur le statut à reconnaître aux grands prédateurs.

Les divergences restent profondes. La convention négociée ces dernières semaines est d’ailleurs qualifiée prudemment de «préaccord» ou d’«avant-projet». Il n’empêche que les chasseurs et les éleveurs, d’une part, et les écologistes, de l’autre, ont réalisé des concessions substantielles au chapitre des principes.

Les premiers ont déclaré que l’expansion naturelle des grands prédateurs était possible en Suisse. Les seconds ont affirmé que la chasse pouvait contribuer à réguler une population et représenter une réponse adéquate à des «dégâts insupportables». Ils ont assuré par ailleurs que l’élevage fournissait d’importantes prestations d’intérêt général, comme un approvisionnement sûr en nourriture et une occupation décentralisée du territoire.

Mais comment le conflit qui opposait jusqu’à récemment les deux camps a-t-il pu ainsi s’apaiser? La première raison est l’épuisement des combattants. A force de s’affronter par médias et tribunaux interposés, «défenseurs» et «utilisateurs» de la nature ont essuyé pertes financières et dégâts d’image sans parvenir à l’emporter. Il était devenu raisonnable de tenter la conciliation.

La seconde explication est le concours bienveillant des offices fédéraux de l’agriculture et de l’environnement, appelés à jouer les médiateurs. En apportant leur expérience de la négociation, les deux administrations ont contribué à procéder étape par étape et à calmer le jeu.

La troisième raison est que les parties en présence possèdent, au-delà de leurs divergences, des intérêts communs à défendre. Les unes comme les autres sont favorables à la permanence de vastes espaces naturels. Et là, elles ont tout intérêt à collaborer contre le principal risque encouru par ces étendues: le bétonnage. Les ennemis de nos ennemis… ö Page 14

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