Le jugement rendu vendredi par le Tribunal fédéral, reconnaissant le droit à une aide de première nécessité en faveur des requérants devant quitter le territoire, tombe dans un contexte extraordinairement délicat. Christoph Blocher poursuit inexorablement sa route vers un durcissement du droit d'asile, et la question que les juges avaient à trancher constitue précisément l'un des points les plus controversés de la réforme actuellement discutée aux Chambres. Le Conseil des Etats acceptait d'ailleurs, jeudi, la suppression de la fameuse aide d'urgence.

La décision des juges traduit donc une indépendance qui doit être saluée. Sur le fond, les magistrats ont montré à quel point ils étaient conscients de ce que leur décision peut avoir de déconcertant. Comment justifier que des prestations soient accordées à des personnes qui sortent de la légalité pour s'opposer à l'exécution légitime d'une décision de renvoi? La réponse ne va pas de soi, et l'opinion de la minorité de la Cour, qui a craint que l'on finance ainsi l'illégalité, correspond sans doute à celle d'une large part des citoyens. Mais c'est le devoir d'une juridiction suprême de ne pas entrer dans ces considérations-là. La décision des juges rappelle ainsi que le respect des droits fondamentaux doit l'emporter sur des stratégies politiques.

Le Tribunal fédéral a-t-il eu pour autant le dernier mot? Rien n'est moins sûr. Le peu de cas que Christoph Blocher a fait de cette jurisprudence, sitôt qu'elle a été connue, ne laisse pas augurer de la moindre inflexion de sa part. Mais on le croyait ministre de la Justice, et sa réaction, minimisant la portée de l'arrêt de Mon-Repos, est choquante.

Le parlement va-t-il tenter de passer en force, sachant que le Tribunal fédéral ne pourra plus grand-chose contre un principe inscrit dans une loi fédérale? La droite libérale pourrait être sensible à cette jurisprudence et renoncer à suivre la ligne la plus dure en matière d'asile.

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