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Le triclosan entre dans la composition de nombreux cosmétiques.
© Stacey Lynn Payne / 123RF

Conférence de conciliation

Le triclosan dans les cosmétiques, au nom de la liberté de s’empoisonner

OPINION. Face aux menaces multiples qui pèsent sur notre planète, notre environnement, notre santé, personne ne peut se prétendre ignorant. Pourtant, parfois, nous ne savons plus que faire de tant de connaissances… Et s’il fallait que l’Etat joue à nouveau son rôle?

Pour la rentrée, le Conseil fédéral a aussi des devoirs. Répondre aux dizaines d’interventions parlementaires déposées avant l’été en fait partie. Auteure d’un postulat sur les effets néfastes du triclosan, je caressais le maigre espoir d’un soutien du gouvernement.

Le triclosan, c’est cette substance entrant dans la composition de nombreux cosmétiques. Selon les résultats de récentes recherches scientifiques, il est aussi puissant pour éviter la prolifération bactérienne que pour provoquer des cancers. Peut-être digne de quelques investigations, voire d’un abaissement des valeurs limites? Eh bien, non. Le Conseil fédéral me promet en revanche que l’administration lira les études avec attention. Me voilà rassurée.

Lire aussi: Encore une fois, le triclosan se retrouve au centre d’une alerte sanitaire

A ce stade, le plus simple serait de vous parler du pouvoir des lobbys industriels. Et nul doute qu’ils veillent au grain pour éviter toute entrave à leur commerce. Si même Nicolas Hulot, armé de sa popularité et de ses convictions, n’a pas pu en faire façon… Mais à vrai dire, je constate qu’ils n’ont plus besoin d’attaquer frontalement.

Paradoxalement, le nombre croissant d’études largement diffusées sur les conséquences graves de nombreux produits ou phénomènes joue en leur faveur. Cette circulation massive des connaissances fournit l’excuse idéale au désengagement des pouvoirs publics: plutôt que d’investiguer et de hiérarchiser sérieusement les dangers – le plus bruyant, le plus voyant, celui qui buzze le plus n’étant pas forcément le pire – l’Etat libéral jette l’éponge en toute bonne conscience. Se fondant sur l’accessibilité théorique de l’information, il laisse chaque individu composer son panier de légumes et d’additifs. Au nom, bien sûr, de la liberté individuelle, y compris celle de s’empoisonner.

Allez, une bonne vieille loi…

La réalité? En pratique, on se retrouve perdu. Noyé dans un océan d’alertes, sommé de déchiffrer chaque étiquette et de faire le tri entre le plausible et l’impossible. Agir et acheter de façon saine, sûre, durable, éthique: il faudrait plusieurs diplômes pour toujours y parvenir. Alors, honnêtement, de temps en temps, une bonne vieille norme, une bonne vieille loi, basée sur ce bon vieux principe de précaution… est-ce que vraiment ça nous compliquerait la vie?


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