Elles sont choquées. Et le font savoir sur les réseaux. La source de leur infortune s’inscrit dans un petit carton déposé un jour radieux de décembre à côté de la benne réservée au papier. Les deux filles qui venaient fraîchement de s’installer à Fully, commune valaisanne dont le climat est comparé à celui dont jouit la Californie, ont vu leur enthousiasme s’envoler en fumée lorsqu’elles ont pris connaissance des conséquences de leur acte insouciant. «Un agent de la police municipale s’est chargé de nous transmettre l’amende en mains propres», raconte l’une d’elles.

Le prix de la contredanse s’élève à 300 francs. Un cas similaire s’était déjà produit en janvier à Lucerne. «N’est-ce pas disproportionné? Qui n’a jamais déposé un carton à côté du container carton car trop plein?» écrivent-elles sur leur compte Facebook. Ce qui surprend ces jeunes femmes originaires du canton de Vaud limitrophe, c’est surtout le fait d’avoir été filmées par des caméras de sécurité alors qu’elles se livraient à une activité aussi innocente que celle du tri sélectif sur un des neuf Ecopoints de leur commune d’adoption.

Une mesure qui se justifie

Installer des caméras de surveillance, n’est-ce pas une mesure démesurée pour contrôler un Ecopoint? Pour Philippe Salomon, responsable de la communication au sein de la commune valaisanne, la démarche se justifie. «La question de la proportionnalité a bien entendu été évaluée avant la mise en place des caméras, répond-il. Etablir un système de surveillance permet à long terme de compenser les coûts liés à la pollution de l’environnement. Cela évite par ailleurs un surcroît de travail à nos équipes communales ainsi qu’à un agent de la police.»

Affiliée à l’association Zero Waste Switzerland, la commune de Fully tient à être exemplaire et incite ses habitants à réduire ses déchets. «Nous voulons également que nos Ecopoints soient propres pour nos citoyens», précise Philippe Salomon. «Une surveillance est donc nécessaire.»

Trois des neuf Ecopoints dont sa commune est pourvue sont donc tenus à l’œil par des caméras dont le prix d’installation atteint entre 10 000 et 14 000 francs par site. Ces appareils, augmentés de la vigilance d’employés communaux, ont permis de réprimander un peu plus de 200 infractions sur la commune lors de l’année 2018. «Ce qui est intéressant, c’est qu’un tiers des personnes amendées ne sont pas des Fulliérans», souligne le responsable de la communication de la commune. Mais il y a pire: un homme avait déposé l’automne dernier dans les rues de Bienne un sac-poubelle non officiel et, qui plus est, le mauvais jour. Comme il n’a jamais payé son amende, il devrait aller derrière les barreaux.

Bilan positif

Un an après l’instauration de la taxe au sac en Valais romand, l’heure est au bilan. Les autorités cantonales se disent en partie satisfaites. Lors d’une conférence de presse tenue à Martigny, elles ont fait part de l’observation d’une diminution de 35% du volume des ordures depuis la mise en place de la mesure. Les 280 kilos de déchets ménagers produits par habitant en 2017 ont été réduits à 188 kilos en 2018. Et le canton a ainsi rejoint la moyenne suisse en matière de valorisation des déchets.

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La démarche a toutefois valu la distribution de 5000 amendes qui, réunies, ont atteint un montant de 750 000 francs. Parmi les citoyens valaisans, ce n’est pas l’objectif qui dérange, mais la manière de blâmer les contrevenants. «Nous sommes appréhendées comme des criminelles», s’insurgent les jeunes femmes de Fully. Elles ne sont pas seules, ailleurs en Valais, d’autres habitants émettent les mêmes plaintes. Et certains dénoncent «un manque de classe», voire «une arnaque écologiste dans toute sa splendeur».

Dans l’amas des commentaires présents sur le fil des réseaux sociaux, une voix se fait entendre: «Venez à Genève, ici aucune trace de la taxe poubelle n’existe.» L’argument peut peser son poids, mais suffira-t-il pour que les «coupables» quittent la «Petite Californie de la Suisse»? Il est permis d’en douter.