Revue de presse

Triomphe du génie civil, le 15 août 1914, le canal de Panama est enfin ouvert

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, la saga de la jonction entre l’Atlantique et le Pacifique, en Amérique centrale

Le travail terminé par les Etats-Unis après la France qui s’y était cassé les dents, le canal de Panama ouvre le 15 août 1914. La construction de ces 77 kilomètres a été parsemée de problèmes et de maladies. Mais un article signé «H.», dit «d’un correspondant particulier» qui écrit de Panama le 5 février, le glorifiait déjà dans le Journal de Genève du 11 mars précédent, comme «la réalisation d’un rêve, rêvé il y a des siècles, et que le jour d’aujourd’hui voit se réaliser.

Les deux océans se sont rejoints, le canal est achevé», après plus de trente ans de travaux, entamés en 1881. L’occasion pour Washington d’inviter «tous les Etats de l’Univers», rien que ça, «aux fêtes d’inauguration».

Enfin achevé, dit le rédacteur. Car «l’histoire nous raconte que Balboa, le guerrier et le marin, qui, au cours du XVIe siècle, aborda le premier sur l’isthme, chargea un géomètre du nom de Saavedra d’étudier comment on pourrait créer une voie de communication par eau entre les deux mers. Pendant dix années l’homme chercha la solution du problème, après quoi il devint fou.»

Alors, peu de temps avant que la guerre se déclenche outre-Atlantique, écrit le Journal, «professionnels et non-professionnels seront, selon toute apparence, unanimes à reconnaître, sans trace d’envie, l’effet absolument grandiose et impressionnant que procure l’aspect du canal». D’ailleurs, «ce n’est pas que la science des ingénieurs européens n’eût été en état de résoudre ce problème de géant, mais à l’intelligence il fallait un complément indispensable: une bourse dans laquelle on pût puiser sans compter. Cette bourse, les Yankees l’avaient.»

Nul doute: «Leur impérialisme effréné a fait là une conquête manifestement destinée à préparer des événements qui bouleverseront l’histoire du monde.» Résultat, «l’histoire du prochain demi-siècle bénira et maudira tout à la fois le jour de l’inauguration» de ce canal de Panama, dont «la configuration change souvent». Et là, ce très long article qui se poursuit dans l’édition du 12 mars, vire au lyrisme: «Sur ses deux tiers il ressemble à un lac, aux rives d’un vert magnifique, doucement inclinées.»

Mais ce n’est pas tout, car «les talus, même dans les passages les plus étroits, ne sont nulle part maçonnés; au contraire, le canal serpente paresseusement et pareil à un large fleuve à travers un paysage de collines.» Une désillusion pour le reporter qui aurait «préféré se trouver devant la grandiose perspective qu’offrirait un ruban d’argent, se perdant insensiblement à l’horizon entre ses deux remparts de pierres»…


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