Touristes imaginaires

Sur TripAdvisor, le juge impitoyable

Tous les vendredis de l’été, notre chroniqueuse a arpenté les bonnes et les mauvaises habitudes en vacances. Ultime exercice du genre

Patrick tient le «Garage Patrick». C’est beaucoup de souci, de sueur, d’angoisse. C’est la vie d’un chef d’entreprise. On se lève même quand on n’a pas envie. C’est comme ça. Pas une minute à soi, ni pour se reposer, ni pour penser.

Les collaborateurs sont fidèles, à part les jeunes qu’on doit souvent remercier, une génération qui ne veut plus travailler, que voulez-vous. Les clients reviennent toujours. A part ceux qui ne sont pas contents mais enfin bon, ceux-là…

Au garage, on aide les jolies dames qui n’y connaissent rien, on fait des prix aux amis motards, on est fiers de porter les couleurs du «Garage Patrick».

Une fois par an, Patrick part. Patrick est alors en droit d’en vouloir pour son argent.

Chaque année, sans exception, Patrick constate que personne ne travaille bien. Que personne ne travaille tout court. De la propreté au chauffeur en passant par le service, rien ne passe son test. Une découverte a changé sa vie: TripAdvisor. C’est là qu’après chaque déception, il vient faire le bilan de tout ce travail mal fait, comme il fait sa comptabilité à la fin d’une journée au garage.

«Il y avait trop d’algues», «nous avons dû mettre deux paires de chaussettes pour dîner tant l’air conditionné était fort», «attention énorme arnaque – la pire soirée que j’ai passé de ma vie n’y allez surtout pas!!!!!!!!!!!!» Patrick est un champion du commentaire une étoile («je ne peux pas mettre en dessous mais ça mériterait moins»).

Patrick doit parfois, tel un saumon de la notation internet, remonter un flux de reviews laudatives afin de poster sa sentence. Ça ne le décourage pas. Cette volonté, il l’a apprise grâce au travail. A part lui, personne n’apprécie le travail bien fait. A part lui, personne ne travaille. Si seulement, plutôt qu’ici, il pouvait être au travail.


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