Les personnels soignants, dans les hôpitaux ou les EMS, ont été nos héros depuis le début de la pandémie. Mais refusant pour nombre d’entre eux, près de la moitié dans certains établissements, de se faire vacciner contre le Covid-19, ils risquent de passer au statut de parias. Bouder l’immunisation revient en effet à marquer contre leur camp, c’est-à-dire celui de la santé, un triple autogoal.

Le premier autogoal marqué par ces soignants récalcitrants touche la solidarité. Comment demander à la population de se vacciner par civisme, pour protéger les autres, et ne pas le faire soi-même, alors que l’on est tous les jours en contact avec des malades ou des personnes à risques, transformant le covid en possible maladie nosocomiale?

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Le second autogoal atteint la science. Une frappe d’autant plus grave qu’elle est commise par celles et ceux qui la représentent, en portant la blouse blanche. Comment donner confiance au citoyen envers la médecine si praticiens ou personnels disent leur défiance.

La menace d'une vie confinée

Le troisième autogoal est un tir au but meurtrier attaquant les statistiques. Le variant Delta inquiète, à raison. Au niveau international, les chiffres de la reprise des contaminations le prouvent. Se faire vacciner, afin de limiter sa progression, est donc une nécessité, même si certains vaccins s’avèrent moins efficaces que d’autres. Ne pas le faire expose la Suisse, comme d’autres pays, à un automne qui verrait le retour d’une autre «vie d’avant», mais pas celle escomptée: la vie confinée, sans cesse masquée. Une vie fermée comme les couvercles de cercueils au sortir des institutions médicalisées pour nos personnes âgées.

Face aux réticences d’une partie du personnel soignant, l’idée de l’obligation de vaccination pour cette catégorie professionnelle fait son chemin. Elle a été évoquée comme envisageable par Alain Berset. Remarquons que la réflexion du ministre de la Santé vient tard, ce d’autant que ce sont les cantons qui devraient mettre en place ces mesures. L’Italie a, elle, déjà mis en place sa loi dans ce sens au début du printemps.

Une telle obligation sera cependant difficile à instaurer en Suisse pour des raisons éthiques, historiques (aucun autre vaccin n'est obligatoire chez nous) et pratiques. L’absence de chiffres sur l’immunité du personnel dans les établissements de soins ne facilite pas les choses. A ce stade, en tout cas, éloigner des malades des employés qui ne sont pas vaccinés ou guéris du covid n’est plus une option suffisante. Le moyen le plus immédiatement efficace serait un sursaut vers la vaccination de ce personnel. Au nom de sa mission: la défense de la santé publique.