Éditorial

La triple défaite du PS vaudois

ÉDITORIAL. Le Parti socialiste vaudois a perdu son siège acquis il y a vingt ans au Conseil des Etats. Sa défaite passe d’autant plus mal qu’elle ne vient pas de la droite, mais du camp de ses alliés

Pour les socialistes vaudois, dimanche la défaite fut triple. La première déconvenue est brutalement arithmétique et électorale: le siège au Conseil des Etats de Géraldine Savary est perdu, et l’on entendait déjà persifler de rage les caciques du parti. Ce sont les mêmes qui voulaient sa peau il y a quelques mois et imaginent désormais Pierre-Yves Maillard candidat dans quatre ans, «gagnant au premier tour». Au soir des déconvenues, les jeunes et les femmes semblent tout à coup moins à la mode.

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Une gauche vaudoise peu soucieuse de la représentativité

La deuxième défaite est stratégique. Car cette campagne du second tour fut souvent celle du dénigrement. Notamment ceux de l’âge, du sexe qui n’était pas le bon et des engagements écologistes contestés du candidat PLR. En gros, il cumulait les tares, au vu du PS, et cette manière de se présenter comme le camp de l’unique vérité a aussi pu agacer une part de l’électorat soucieuse de l’équilibre et de la parité des forces. Son idée était que le duo de gauche additionnerait les voix vaudoises à Berne, tandis qu’une paire droite-gauche les annulerait et desservirait les intérêts cantonaux. Mais c’est surtout la marque d’une gauche vaudoise qui a peut-être pris, notamment à Lausanne, l’habitude d’être peu partageuse du gâteau des sièges, et finalement guère soucieuse de la représentativité. Une députation aux Etats aux airs «proportionnels», dans un canton qui persiste à être majoritaire à droite, n’est ainsi pas illogique.

Pour les Verts, le PS est passé de grand frère à petit frère

La troisième défaite est sans doute politique. Il était surprenant de voir hier certains socialistes rappeler en aparté les discussions possibles avec le centre droit, ou louer tout à coup la fibre environnementale… d’Olivier Français. Dans le canton de Vaud et bien au-delà, le PS est désormais devenu un parti de notables, avec les réflexes défensifs qui vont de pair. Le parti, il s’agit de le souligner de rouge, ne s’est pas fait piquer son siège par la droite, mais bien par les Verts, et le moins que l’on puisse dire est que cela passe mal auprès des stratèges du parti. Car pendant ce temps, portés par la vague qui les a vu remporter ces élections fédérales, les écologistes sont dans ce moment où tout compromis, avec la droite honnie, mais aussi avec ce Parti socialiste mutant de grand frère à petit frère, apparaît comme une trahison. Les socialistes seront vite contraints de se soumettre et de trier leurs amis. Ce qui, en termes politiques, est parfois la même chose.

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