L’actualité de la semaine ayant suffisamment stimulé les vocations de volcanologues, voire de psycho-volcanologues avec option influence sur le transport aérien, pour une génération au moins, on en reviendra à celle de la semaine précédente, qui avait vu l’adoption par le Conseil ­fédéral de son rapport à l’Assemblée fédérale sur la politique de sécurité (Rapolsec). Etrange exercice en vérité, aboutissant à un non moins étrange document, qui ne satisfait personne mais qui n’insupporte complètement ­personne, et dont l’utilité n’apparaît pas avec une indiscutable ­évidence.

Ce rapport aurait dû constituer, dix ans après le précédent, un nouveau jalon pour la politique de sécurité. Il est devenu le champ clos d’un affrontement stérile entre deux conceptions de la menace, de la sécurité, de la défense nationale, de l’armée, de la neutralité, de la suissitude, ­entre deux visions du monde, quasiment.

Ces deux visions du monde, qui se manifestent de façon plus ou moins perceptible dans bon nombre d’objets de la politique fédérale, s’opposent sur ce sujet précis avec une intensité particulière. La défense de la population, des intérêts, du territoire se conçoit en fonction de la conception des rapports entre la Suisse et le monde extérieur. Sur d’autres objets de politique fédérale, l’UDC peut, et doit faire des concessions. Sur la défense c’est beaucoup plus difficile. A la tête du DDPS, un conseiller fédéral démocrate du centre a le choix entre se brouiller avec son parti et perdre son soutien – ce fut le cas de Samuel ­Schmid – ou se livrer à toutes sortes de manœuvres dilatoires pour éviter ou repousser les décisions.

Si un autre qu’Ueli Maurer avait été ministre de la Défense, le résultat aurait sans doute été très différent. Le représentant de l’UDC au sein du collège gouvernemental aurait consigné ses objections dans un co-rapport, qui n’aurait pas influencé le résultat final. Mais le chef du DDPS étant le maître d’œuvre, ce sont ses collègues qui ont dû à la fois raboter et compléter son ouvrage. Le ministre de la Défense s’est fait ­renvoyer plusieurs fois sa copie, il a dû accepter des corrections et des compléments, mais cette façon de faire le gros dos lui a permis de ne pas concéder plus que des égratignures à son credo idéologique.

En fin de compte, ce document nous éclaire beaucoup plus sur les rapports de force à l’intérieur du collège gouvernemental que sur l’état de la menace et les moyens adéquats pour y faire face. C’est un instrument de mesure de la détermination des collègues d’Ueli Maurer à contraindre le ministre de la Défense à faire un pas dans leur direction, en même temps qu’un indicateur de la capacité de ce dernier à ployer l’échine sans rien lâcher d’important. Ce devrait être également le prétexte à une interrogation sur le consensus.

C’est un compromis typique du Conseil fédéral, commentait sobrement Ueli Maurer à l’issue de la séance hebdomadaire du gouvernement. Cela signifie-t-il que l’appréciation de la menace, dont on croyait que c’était l’affaire de spécialistes bien au fait des arcanes d’un monde dangereux, peut-elle résulter d’un compromis, c’est-à-dire d’une forme de marchandage, comme le taux de la TVA ou le montant de la taxe poids lourds?

On peut faire une remarque identique à propos du renouvellement de la flotte des Tiger. Le besoin de remplacer ces vieilles machines par de nouveaux avions, l’urgence de cette opération, le nombre d’appareils nécessaires, leur prix varient au jour le jour du simple au double ou au triple et font l’objet d’affirmations totalement contradictoires au gré de l’instrumentalisation politique qui peut en être faite.

Le citoyen-milicien-contri­buable a de bonnes raisons de penser aujourd’hui qu’on se moque de lui. Et il y a de bonnes raisons de penser qu’il sera dans les mêmes dispositions d’esprit lorsqu’on lui demandera de se prononcer sur l’obligation de servir ou l’acquisition des nouveaux avions de combat.

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