Aux Etats-Unis, Donald Trump a toutes les raisons de s’adonner à une campagne marathon pour les «midterms». Ces élections de mi-mandat cuvée 2018 s’avèrent bien plus cruciales qu’elles n’en ont l’air. Le 6 novembre, les Américains renouvelleront notamment les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat. Et, dans les faits, c’est bien à un référendum «pour» ou «contre» Donald Trump que nous assistons.

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Si les républicains conservent la double majorité au Congrès, le président pourra fanfaronner et consolider son assise au sein du parti. Si au contraire les démocrates parviennent à renverser la vapeur à la Chambre des représentants – ce qui est bien plus probable qu’au Sénat –, il devra faire face à une opposition plus puissante en deuxième partie de mandat. Avec le risque accru qu’une procédure de destitution soit lancée.

Incitation à la haine

Au milieu de ses sympathisants, Donald Trump recourt, sans surprise, à la rhétorique agressive et au style coup-de-poing qui l’ont fait élire. Une machine à gagner? Cette campagne offre surtout un triste visage des Etats-Unis. Celui d’un pays toujours plus divisé et polarisé, avec un pompier pyromane récidiviste comme président.

Car Donald Trump s’illustre à nouveau par sa propension à inciter à la haine. En pleine psychose des colis piégés adressés à ses principaux détracteurs, il choisit de désigner les démocrates et les médias comme responsables du climat de violence politique actuel. Et s’érige en victime numéro un de ce climat de haine. Puis, une fois l’auteur des colis piégés arrêté – un républicain déséquilibré –, il s’inquiète avant tout des conséquences sur la «bonne dynamique des républicains».

Début de lassitude

Samedi, après la fusillade qui a fait 11 morts à Pittsburgh et provoqué une vive émotion dans le pays, le tribun a déclaré que le drame aurait peut-être pu être évité si des hommes armés avaient été postés à l’intérieur de la synagogue. Le pays vit l’attaque antisémite la plus meurtrière de son histoire et le président dit en substance aux Américains qu’il faut s’armer pour se protéger, alors que les actes de cette nature ont augmenté sous sa présidence. Il a bien sûr dénoncé le «poison de l’antisémitisme», mais il n’a pas jugé utile d’annuler sa participation à un meeting dans l’Illinois, soulevant aussitôt la controverse.

L’attitude de ce président clivant, toujours prompt à jeter de l’huile sur le feu, peut provoquer une double réaction: elle peut pousser ses adversaires à se mobiliser davantage – le phénomène des femmes le démontre –, mais elle peut aussi provoquer une certaine lassitude. Une frange toujours plus importante d’Américains désillusionnés, qui ne se reconnaissent plus vraiment dans aucun des deux partis, est en train d’émerger. Or, le 6 novembre, la capacité des électeurs, démocrates et républicains, à se mobiliser sera déterminante. Elle constituera le véritable baromètre de la démocratie américaine.