C'est fait! Les Territoires palestiniens se sont convertis, aux yeux des Israéliens, en une «entité terroriste». Certes, les Palestiniens, pour autant qu'ils arrivent à les payer, seront encore desservis en eau et en électricité israéliennes. Si elle réussit à passer les contrôles de l'Etat hébreu, leur parviendra aussi une assistance humanitaire et médicale internationale. Mais pour le reste, d'après le plan dont les grandes lignes ont été dévoilées vendredi, les 3,5 millions de terroristes palestiniens seront traités comme tels: pas de déplacement pour leurs dirigeants politiques, pas d'entrée en Israël pour leurs travailleurs, pas d'investissement pour la construction de leur port ou de leur aéroport. Une vie impossible et misérable pour chacun d'eux.

La dureté de cette politique - qui fait suite à la victoire du Hamas aux élections du 25 janvier dernier - s'explique aisément: les élections israéliennes se dérouleront le mois prochain. Et les sanctions à imposer au Hamas sont devenues la seule question centrale de la campagne. La myopie qui dicte cette politique, en revanche, ne s'explique pas. On ne peut que la constater.

Cette punition collective servira-t-elle de «leçon» aux Palestiniens pour qu'ils reviennent en arrière et votent désormais comme on leur demande? Assurément non. Criant au complot international, ils ne s'en montreront que plus décidés à s'enfoncer dans une voie sans issue. Le fait de transformer, encore davantage, les Territoires palestiniens en une prison contribuera-t-il à dissuader les futurs terroristes et à les écarter de leurs ceintures d'explosifs? Le contraire est non seulement à craindre, mais à prévoir d'ores et déjà.

Les Etats-Unis de George Bush ont fait de la démocratisation du monde arabe l'une de leurs principales priorités internationales. Ils ont poussé de tout leur poids pour que les élections palestiniennes aient lieu, afin de servir de preuve du bien-fondé de leur politique. Aujourd'hui, embarrassés face à leur allié israélien, ils délivrent pourtant un message pour le moins paradoxal, alors que le scrutin palestinien a été, sans doute, le plus libre et le plus transparent de toute l'histoire du monde arabe: la liberté est belle, certes, disent-ils, mais elle a des limites que nous seuls, et nos alliés, sommes à même de fixer.

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