Il était une fois

Les trois royaumes de l’espace numérique

OPINION. Dans le monde culturel européen auquel j’appartiens, je suis fondée à considérer que mes traces numériques sont à moi, exclusivement, écrit notre chroniqueuse Joëlle Kuntz. Il n’en va pas de même aux Etats-Unis et en Chine

En envoyant cette chronique au Temps, je produis une trace dans l’espace numérique: c’est une «donnée». Chaque jour, je laisse au minimum 100 données en ce lieu invisible et irreprésentable qu’on appelle l’espace numérique: e-mails envoyés et reçus, paiements par carte de crédit, activités téléphoniques variées, y compris les photos échangées ou le nombre de pas que j’effectue, désormais archivé sur mon iPhone.

Même quand je dors, une application prétend enregistrer les phases de mon sommeil. Ces traces précieuses de ma vie vont à la banque, au supermarché, à Google, Apple and Co., tous ces fournisseurs de services dont je suis l’aimable utilisatrice et cliente. Dans le monde culturel européen auquel j’appartiens, je suis fondée à considérer que mes traces sont à moi, exclusivement. Personne, ni ma banque, ni mon supermarché, ma compagnie de téléphone ou mon poissonnier ne peuvent en faire usage sans que je sois d’accord.