Editorial

La troisième Intifada a commencé

Jérusalem bascule dans le maelström. La tuerie survenue dans une synagogue de Jérusalem mardi matin marque une nouvelle étape dans la violence aveugle: quatre personnes ont péri sous les coups de hache et les balles de deux assaillants palestiniens, d’autres sont grièvement blessées. L’émoi est général, mais peut-on parler de surprise alors que, depuis des mois, tous les voyants sont rouges et que les signes avant-coureurs d’une catastrophe abondent? Ce massacre s’inscrit dans une spirale que seul le déni peut nous retenir de qualifier d’infernale.

Jets de pierres et de cocktails Molotov, altercations et violences quotidiennes: autant de signes du désespoir causé par la misère crasse, les frustrations aux checkpoints et l’absence totale de perspectives d’avenir. Les jeunes des territoires occupés n’en peuvent plus, la marmite va exploser. Ce soulèvement résonne comme une troisième Intifada, un mot tabou.

Au sein du Fatah, même les modérés appellent désormais à l’insurrection. Cela devrait mettre tout le monde en émoi: en Israël, en Europe et jusqu’à Washington, les diplomates devraient s’affairer à éviter le pire, il n’en est pourtant rien.

Lassées d’un conflit où les protagonistes renâclent et font la sourde oreille, les grandes puissances ont détourné leurs efforts vers d’autres crises. Quant à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne (AP), il fait l’autruche devant l’évidence: il n’a pas l’ascendant sur les mécontents, ceux qui critiquent la gestion désastreuse de l’AP et la corruption en son sein. La contestation outrepasse son contrôle. Empêtré dans sa rivalité avec le Hamas, il attend du gouvernement israélien le geste décisif qui permettra de sortir de l’ornière.

Le premier ministre, Benyamin Netanyahou, se lave les mains de ses responsabilités. Il renvoie la balle à l’AP, dont il limite les prérogatives mais qu’il tient pour entièrement responsable de tous les attentats. Cyniquement et dans la perspective d’élections anticipées en 2015, il tente de séduire les extrémistes religieux à sa droite. Et espère que Mahmoud Abbas rechignera à risquer les acquis de son offensive diplomatique devant les instances onusiennes ainsi que les soutiens financiers dans un soulèvement général.

L’Intifada fermente, elle viendra avec son cortège d’attentats, de représailles, de colonies illégales et d’anathèmes, à moins qu’on ne se décide à forcer les belligérants à négocier.

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