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Thomas Samson/AFP

Santé

Le trouble du jeu vidéo trouble

L’Organisation mondiale de la santé classe comme pathologie l’excès de jeu vidéo, et c’est toute la planète des «gamers» qui se lève

L’Organisation mondiale de la santé l’avait annoncé en janvier et vient de passer à l’acte: depuis le 16 juin, au même titre que la dépendance à la cocaïne ou aux jeux d’argent, le «trouble du jeu vidéo» (en anglais gaming disorder, GD) fait officiellement partie de la Classification internationale des maladies, son grand catalogue des pathologies du monde. La planète comptant 2,5 milliards de joueurs réguliers, et le chiffre d’affaires du jeu vidéo dépassant 100 milliards de francs, l’information suscite énormément de commentaires.

«Un inquiétant retour en arrière. L’addiction aux jeux vidéo a été reconnue comme une maladie mentale.» Plus de 300 personnes avaient réagi mardi en moins d’une heure sur Facebook à cette accroche brutale de la plateforme spécialisée Jeuxvideo.com. «Et les zombies aux portables, on en parle?» s’énerve une internaute. «Il y a addiction et passion, ce n’est pas la même chose, et eux ne comprennent pas.» Sur Twitter aussi, le monde des joueurs est en première ligne. «Venant d’une organisation qui considérait l’homosexualité comme une maladie mentale…» critique le gamer champion du monde Benjamin Leray.

Seuls les comportements extrêmes d’une petite minorité sont pathologiques, prend bien soin de souligner l’OMS, qui précise le tableau clinique: une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accordée au jeu qui prend le pas sur la vie familiale, sociale ou professionnelle, le tout sur une période «d’au moins douze mois». «La personne joue tellement que d’autres centres d’intérêt et activités sont délaissés, y compris le sommeil et les repas.»

Relire: Cher «Temps présent», les jeux vidéo ne nuisent pas à la santé! (par notre blogueur Yannick Rochat, 2016)

Il n’empêche. «L’OMS crée un trouble sans se soucier du fait qu’il fait largement débat. Sa définition, sa fréquence, les échelles d’évaluation ne font PAS consensus», critique sur Twitter le psychologue Yann Leroux, auteur du livre Les jeux vidéo, ça rend pas idiot! (FYP Editions). «La définition de l’OMS est vague, ce qui réduit la précision et la fiabilité du diagnostic, cet ajout médicalise la normalité et les comportements.» Pour lui, le surdiagnostic va entraîner un surtraitement et une stigmatisation, le tout détournant les ressources des personnes atteintes de troubles mentaux graves.

Sans surprise, tous les sites traitant de jeux vidéo mettent l’accent sur les questions qui demeurent – la dépendance est-elle une cause de problème mental ou l’un de ses symptômes? Le débat existe depuis 1995, date des premiers travaux académiques. En 2013 encore, l’Association américaine de psychiatrie (APA) estimait qu’il fallait de nouvelles études, raconte Newsweek; mais l’APA devra probablement s’aligner sur l’OMS, selon un psychiatre interrogé, et inclura le trouble du jeu vidéo dans sa prochaine édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, l’ouvrage de référence en psychiatrie.

L’approbation formelle du trouble du jeu vidéo par l’Assemblée générale de l’OMS avant publication officielle est attendue pour mai 2019, rappelle Numerama. Si la modification est adoptée, elle entrera en vigueur en 2022. Qu’est-ce que cela peut changer? «Une meilleure information et prévention, et une prise en charge par les systèmes de soins améliorée», répond en substance Joël Billieux, un des experts consultés par l’OMS interrogé par La Première de la RTS. A terme, les médecins n’auront plus besoin d’invoquer une dépression ou de l’anxiété pour que les assurances remboursent les traitements.

«L’OMS n’affirme pas par son action que les jeux vidéo rendent accro. L’objectif de l’OMS est bien, et il faut le saluer, de s’arrêter sur une population très spécifique, en souffrance physique ou morale. Objectif? Mieux l’accompagner et trouver des solutions pour soigner ce comportement à risque. Très sincèrement, comment être contre?» écrivait en mars déjà le site de gamers XboxSquad.

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© Gabioud Simon (gam)