«En Suisse, un élève sur cinq sait à peine lire en fin de scolarité.» Les Suisses l'ont découvert à la lecture des résultats d'une enquête internationale de l'OCDE publiés le 4 décembre? C'est un constat grave, mais hélas pas nouveau. Ces résultats ne sont en effet ni nouveaux, ni propres à la Suisse. L'enquête internationale confirme ce que d'autres travaux de chercheurs ont montré depuis longtemps dans nos sociétés occidentales: qu'une frange importante des jeunes ne maîtrise pas les niveaux élevés de la lecture, que les élèves ne bénéficiant pas d'un environnement socioculturel riche rencontrent des difficultés scolaires importantes, que les élèves n'ayant pas le français comme langue maternelle se trouvent plus fréquemment que les autres en échec scolaire et que les filles réussissent mieux en lecture et s'y intéressent davantage que les garçons. Ces résultats, chacun les connaît et les a lus dans la presse. Alors? Trouble de mémoire, mauvaise foi ou sinistrose ambiante?

Le 4 décembre, nous apprenons également que les jeunes Suisses romands réussissent mieux que les jeunes Suisses alémaniques. Cela doit-il nous rassurer? Les méthodes romandes sont-elles meilleures? Les enseignants romands seraient-ils plus compétents? Ou serait-ce que parler le dialecte alémanique interfère dans l'apprentissage de l'allemand? Répondre à ces questions n'est pas particulièrement pertinent. Ce qui l'est, c'est de savoir, dans notre contexte particulier romand, comment être meilleur; c'est-à-dire comment améliorer les compétences en lecture des élèves des familles socialement et culturellement moins favorisées, comment mieux intégrer les jeunes migrants d'autres origines linguistiques dans nos écoles, comment donner envie de lire davantage aux garçons. Les réponses à ces questions ne viendront pas d'ailleurs, du Japon, de la Corée du Sud ou de la Finlande, où les contextes sociaux et scolaires sont différents, mais de l'analyse fine de la situation romande.

Les réformes scolaires entreprises au cours de ces dernières décennies montrent que les responsables scolaires de la Suisse romande n'ont pas attendu les résultats de cette enquête de l'OCDE pour mener ces études et pour prendre des mesures pour améliorer l'enseignement en Suisse romande. Ces résultats internationaux ont toutefois le grand mérite de confirmer que ces réformes sont à poursuivre, notamment en faveur des élèves socioculturellement moins favorisés et de ceux pour qui le français est une langue étrangère.

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