Cette chronique n’en finit plus de me surprendre. A peine le temps de boucler la première phrase que Donald Trump et Alexis Corbière surgissent côte à côte dans la deuxième. Pourtant, de loin, on voit mal ce que le président des Etats-Unis et le député de Seine-Saint-Denis ont en commun. Mais s’ils débarquent comme ça, main dans la main, en entame de texte, c’est forcément pour une bonne raison.

Eh bien oui. A y regarder de plus près, il y a effectivement quelque chose: une maîtrise commune et virtuose du martelage d’énormités face caméra. Elevé, par l’un comme par l’autre, au rang de stratégie discursive.

Attention. On ne parle pas ici du mensonge de circonstance. Celui qu’on lâche dans l’espoir de s’en sortir, façon «je n’ai jamais eu de compte en Suisse» ou «c’est l’ami d’un ami qui a payé mon voyage à Abu Dhabi». Rien à voir. Quand le républicain orange ou le tonitruant Insoumis décident de dire le contraire de la vérité, c’est autre chose. C’est réfléchi, c’est fait exprès. Pour faire mouche, pour étourdir l’adversaire, pour l’endormir. Comme un uppercut au menton.

Le mensonge hurlé: imparable!

Ne nous attardons pas sur l’Américain, tout a déjà été dit. Grand Maître de la discipline, il distille sa master class sans la moindre fausse note, devant une planète hypnotisée depuis bientôt deux ans. Le Donald est presque l’inventeur du genre, et de ses déclinaisons. Comme le mensonge hurlé, c’est-à-dire tweeté en majuscules. Imparable.

La révélation de la semaine, c’est le Français. Dans le rôle du perquisitionné, effarouché de se découvrir concerné par la loi de la République. A l’entendre mercredi matin sur France Inter, Alexis Corbière (dont le prénom reste fort sympathique, il faut le lui laisser) n’a pas manqué une miette de la leçon transatlantique. «Aucun homme politique ne s’est vu perquisitionner de la sorte dans ce genre de dossier», a osé tambouriner le député, en ponctuant ses mots comme on enfonce un clou.

Plus c’est énorme, plus ça passe

Michèle Alliot-Marie, Julien Dray, Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, Jean-Marie Le Pen, François Bayrou, Dominique de Villepin ou encore les époux Balkany… le mensonge est aussi énorme que la liste non exhaustive des «hommes politiques qui se sont vu perquisitionner de la sorte dans ce genre de dossier».

Rien n’obligeait Alexis Corbière à marteler une contre-vérité aussi criarde. Il n’était pas acculé. Le choix est bien stratégique: plus c’est énorme, plus ça passe. Dire n’importe quoi avec assez d’aplomb et suffisamment fort pour tuer la possibilité de la discussion et emporter la mise. Evacuation du réel, prime au bruit, bingo.

Aux Etats-Unis, la technique fonctionne à merveille. Si la France adhère, on a peut-être un peu de souci à se faire.


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