Depuis quelques années, le populisme a le vent en poupe, mais le vent semble tourner. Qu’est-ce que le populisme, au juste? D’une manière ou d’une autre, c’est l’idée que des solutions simples peuvent résoudre des problèmes complexes. C’est tentant, surtout lorsque les solutions complexes ont échoué, encore et encore, mais c’est faux. Trump est en train d’en administrer la preuve.

L’invraisemblable feuilleton du Trumpcare est une belle leçon de choses. Durant toute la campagne électorale, l’abrogation du Obamacare était son cheval de bataille. En l’absence du plan secret annoncé, il lui a fallu deux mois pour construire un projet, qui a divisé son propre parti. Trop dur pour certains, trop mou pour d’autres. En plein milieu des préparations, Trump a même indiqué qu’il ne s’était pas imaginé que le problème était si compliqué. Eh oui, c’est compliqué.

L’erreur de l’arrogance

Obamacare n’est pas la seule épine dans le pied de Trump. Il n’arrive pas à trouver une solution légale à l’immigration de «terroristes» qu’il promettait de stopper net. Le mur à la frontière mexicaine tarde à démarrer. Il a changé de pied vis-à-vis de la Chine et de son ami Poutine. Oui, c’est compliqué de gouverner. S’il existait des solutions simples, on les aurait trouvées.

Les difficultés de Trump ne passent pas inaperçues ailleurs, où le populisme est aussi en vogue. Certes, les populistes gouvernent en Hongrie, en Pologne, en Russie ou en Turquie, mais ils ont échoué en Autriche et aux Pays-Bas. Les Anglais découvrent petit à petit l’extraordinaire difficulté à divorcer de l’Europe, ils ont deux ans pour retomber du bon côté, un peu comme en Suisse après l’initiative de février 2014. Les Français vont probablement se passer des services de Marine Le Pen. L’arrivée au pouvoir de Beppe Grillo en Italie n’a rien d’une fatalité.

On nous raconte que c’est le début de la fin pour l’ordre libéral du monde qui a été peu à peu construit après la Seconde Guerre mondiale. Il n’a jamais manqué d’opposants à cette vision ouverte du monde. Longtemps hyperminoritaires, ils ont attendu que s’accumulent les accidents de parcours et les erreurs provoquées par un excès de satisfaction et, il faut l’admettre, l’arrogance qui s’est progressivement installée dans les allées du pouvoir. La grande crise financière qui a explosé en 2008 a fait réapparaître les liens un peu trop amicaux entre le monde politique et celui des affaires, surtout les banques qui étaient devenues trop gigantesques. Les vieux slogans populistes, qui dénonçaient les banquiers et le cosmopolitarisme des classes dirigeantes, ont été ressortis des tiroirs et dépoussiérés pour circuler sur les réseaux sociaux. Ils ont fait merveille.

Trump, une chance?

Leur succès a été puissamment aidé par un changement historique concomitant. Les Etats-Unis ont toujours été un pays multiracial, esclavage oblige. Il a fallu très longtemps à ce qui est en passe d’être l’ex-majorité blanche pour en tirer les conclusions, et on n’est pas encore arrivé au bout du chemin. En Europe, une transformation similaire est en cours, le résultat de migrations provoquées par la pauvreté ou la violence dans des régions du monde restées en marge de l’ordre libéral. Ce bouleversement génère des angoisses identitaires, mais l’exemple américain montre qu’il n’y a pas de solution simple. Sans surprise, les populistes peuvent donner l’illusion d’avoir la réponse.

Comme leurs prédécesseurs, les populistes d’aujourd’hui naviguent sur des angoisses réelles. Comme leurs prédécesseurs, ils sont voués à l’échec. La question est de savoir s’ils auront, à leur tour, la possibilité de faire de graves dégâts. C’est peut-être une chance inouïe que l’expérience soit tentée aux Etats-Unis, un pays de vieille tradition démocratique doté d’une constitution admirablement équilibrée. Si Trump continue à échouer, la mode du populisme pourrait atteindre son zénith, et son crépuscule sera alors en vue. Mais une condition nécessaire est que le monde politique, qui opère en vase trop clos pour prendre la mesure des rancœurs accumulées, change son refrain. Trump l’y incite.