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Donald Trump lors d'une rencontre avec des shérifs à la Maison-Blanche. Washington, septembre 2018.
© Nicholas Kamm/AFP Photo ©

Chronique

Trump: décrypter l’incohérence

OPINION. Trump est un président qui déroute. Mais est-ce en raison de son incohérence et de son imprévisibilité, ou plutôt parce qu’il s’ingénie à casser les codes, s’interroge notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

Depuis le 20 janvier 2017, un peu plus d’un an et demi maintenant, Donald Trump ne cesse de désarçonner le monde. Rien dans cet homme, ni sa manière de communiquer, de parler ou de faire, n’est conforme à l’image classique d’un président, de la plus grande puissance mondiale de surcroît. Il semble ne respecter que la conformité vestimentaire liée à sa fonction, ses costumes et manteaux étant d’un parfait classicisme.

Côté langage, c’est nettement plus déconcertant! Adepte de la franchise au détriment de la politesse et usant de la violence verbale pour mieux impressionner, il ne s’encombre pas de circonvolutions (essayez ce mot dans un tweet!), adoptant ainsi une conception malheureusement assez moderne des rapports humains. Mais ce qui est désormais courant chez trop de nos adolescents passe évidemment très mal chez un président des Etats-Unis. Pourtant, il faudra bien s’y faire, d’autant que, par mimétisme, la manie du tweet s’est emparée de tous nos politiciens.

La vieille Europe

Au-delà de tout ce qui déplaît chez l’homme, la source des critiques et des inquiétudes repose sur l’imprévisibilité et le caractère intempestif de ses décisions. Or, ce reproche-là est injustifié dans la mesure où Trump ne fait qu’exécuter ses promesses de campagne. Pour comprendre et anticiper, il suffit donc de s’y reporter. Il lutte contre l’immigration clandestine au point de vouloir dresser un mur à la frontière mexicaine. Il l’avait promis. Il se retire de l’Accord de Paris sur le climat: il avait fait part de son scepticisme en la matière avant même d’être investi par son parti. Il favorise à court terme les entreprises américaines en imposant des droits de douane aux produits étrangers. Il avait juré de redonner ainsi du travail aux ouvriers américains. Il casse l’accord avec l’Iran qu’il avait condamné dans ses discours comme étant le pire jamais signé par les USA.

La vieille Europe qui a souffert du Deutschland Uber Alles ne peut apprécier l'America First du président des Etats-Unis. Pour elle, le souverainisme sent le soufre, ce qui explique son goût pour le multilatéralisme et pour les arbitrages des organismes internationaux, son acceptation de l’immigration comme un fait historique et moral, et son tropisme général vers les idéaux de gauche. Tout le contraire de Trump, qui coupe les vivres à l’ONU et à ses filiales. Qui prône l’arrêt de l’immigration clandestine. Qui dénonce une concurrence internationale biaisée et en revient au bilatéralisme commercial par-dessus la tête de l’OMC.

Il faut ajouter que l’Europe, autrefois en sympathie avec Israël au point que de jeunes volontaires rejoignaient les kibboutzim, est devenue pro-palestinienne. A l’inverse de Trump qui, comme tous les présidents américains, soutient Israël. Mais lui qui est brut de décoffrage, coupe les vivres aux Palestiniens et transporte l’ambassade des USA à Jérusalem selon une décision du congrès datant de 1995 mais jamais exécutée. Au fond, en raison même de son discours outrancier, personne n’a vraiment cru que Trump agirait comme il l’avait promis. On peut le déplorer, évidemment, mais c’est antinomique de lui en faire le reproche.

La vieille alliance occidentale

En conséquence, l’Europe n’aime pas Trump qui ne s’embarrasse guère non plus de l’UE. Pour mémoire, lors de sa campagne, il avait jugé l’euro condamné à terme et disait vouloir se distancier d’une «Europe socialiste et molle». Voilà pourquoi il tape sur la table pour que les Européens exécutent leur engagement d’investir 2% de leur PIB à leur défense militaire, ce que Barack Obama demandait plus gentiment, mais sans aucun succès. Et cela explique également qu’il considère le Brexit comme une excellente chose et invite Theresa May à négocier plus fermement…

Mais c’est ainsi que la vieille alliance occidentale se fracture, au grand dam de l’Europe qui se retrouve bien seule, sans relations de confiance avec son allié de l’Ouest et en froid glacial avec la Russie. Si la Chine et Poutine renouent sérieusement, c’en est fait d’elle!

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