Tout le monde se demande ce que signifie l’élection de Donald Trump et la question concerne aussi l’économie. Malheureusement, la seule chose que l’on sache, c’est qu’on n’en sait rien. Durant la campagne, Trump a multiplié les provocations, enveloppées dans un nuage très artistique. On peut se lancer dans le décryptage de ses déclarations, mais elles sont bien souvent contradictoires. Essayons quand même.

Ce qui est clair, c’est que Trump a voyagé dans le train du protectionnisme. Il pourrait donc geler les nouveaux traités en cours de négociation (celui avec l’Europe) ou en cours de ratification (le traité transpacifique).

Plus inquiétante, la remise en cause de l’accord avec le Mexique

Dommage, mais le commerce mondial s’est bien développé sans ces nouveaux traités et, si l’on reste là, il n’y a pas de quoi trop s’angoisser. Plus inquiétante serait une remise en cause des accords existants, et les Mexicains ont bien des soucis à se faire. Grace au traité NAFTA, depuis vingt ans, le niveau de vie du Mexique a connu une belle augmentation. Une remise en cause de ce traité aurait des conséquences très sérieuses.

Mais, même sans remettre en cause des traités, Trump peut adopter une attitude agressive. Certes, les États-Unis font partie de l’Organisation Mondiale du Commerce et sont donc tenus à règles plutôt élaborées, mais… ils peuvent prendre des mesures unilatérales, comme imposer des limites ou des taxes aux importations venues de Chine en prétextant que les producteurs pratiquent le dumping, ou bien ne respectent pas des normes de protection du consommateur, ou bien encore que la monnaie chinoise est intentionnellement sous-évaluée. De telles mesures seront jugées par le tribunal de l’OMC, mais cela prendra des années, pendant lesquelles le commerce sera découragé.

Un énorme cadeau aux banques

Trump s’en est beaucoup pris à Wall Street et aux banquiers, ça plaît aux électeurs. Mais en même temps, il a promis d’annuler – ou de revoir? – la loi Dodd-Frank. Cette loi a été adoptée après la grande crise financière de 2008 afin de limiter les prises de risque par les banques, qui ont conduit tout droit à la crise.

Quand des pertes vertigineuses sont apparues, le gouvernement a dû les limiter, transférant les risques et les coûts au malheureux contribuable. Le lobby bancaire américain a mobilisé ses considérables ressources pour essayer d’abord de bloquer la loi, puis d’en limiter la portée. Abolir ou amoindrir la loi serait un énorme cadeau aux banques et planterait les germes d’une nouvelle crise. Quel Trump devons-nous croire?

Les ouvriers devront payer plus cher leurs oranges

Ce qui semble inévitable, c’est qu’il va expulser des millions d’immigrants plus ou moins clandestins. Les ouvriers du Michigan et du Wisconsin semblent les considérer comme des concurrents sur le marché du travail. Mais ont-ils l’intention d’aller ramasser des oranges dans le sud? Au bout du compte, ces ouvriers devront payer plus cher leurs oranges et se plaindront d’un pouvoir d’achat qui baisse. A moins que les États-Unis n’importent des oranges du Mexique.

Une promesse électorale, cependant, est intéressante. Trump veut que le gouvernement réhabilite des infrastructures (routes, ponts, chemin de fer, aéroports) qu’il a jugées dignes du tiers-monde. Il n’a pas tort.

Aucune idée de ce qu’il veut vraiment

Emprunter à un taux d’intérêt proche de zéro pour investir dans les infrastructures est une bonne idée, une fois n’est pas coutume. Obama n’a pas osé, car cela creuse le déficit et le Congrès républicain s’y serait fermement opposé. Si Trump y parvient, la croissance s’accélérera aux États-Unis, et dans le reste du monde aussi.

Tout ceci est plein de «si» et de «peut-être». Trump n’a probablement aucune idée de ce qu’il veut vraiment. Il va découvrir que la réalité est plus complexe que les arguments électoraux. En attendant la nécessaire décantation, le monde entre dans un niveau élevé d’incertitude, et ça, c’est mauvais pour la croissance.


Charles Wyplosz est professeur d’économie au Graduate Institute à Genève et directeur de l’International Center for Monetary and Banking Studies.