Editorial

Trump, l’impossibilité morale

L’élection du républicain à la Maison-Blanche est peut-être la catharsis dont l’Amérique a besoin. Mais elle met en relief une Amérique écartelée entre des visions qui semblent incompatibles

Le séisme politique provoqué par l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche est-il la catharsis dont l’Amérique avait besoin pour prendre conscience des réels problèmes auxquels elle est confrontée? Peut-être. Une introspection non seulement des élites, mais de tout un peuple paraît d’autant plus nécessaire que le trumpisme n’est pas un phénomène éphémère. C’est un mouvement puissant qui s’érige sans toujours beaucoup de cohérence contre les élites, contre l’Etat, contre les inégalités sociales qui ont explosé et contre le sentiment d’être considéré comme quantité négligeable dans une démocratie qui ne semble profiter qu’aux mieux lotis.

A peine quarante-huit heures après le scrutin, plusieurs voix se font pourtant entendre pour suggérer qu’il faut déjà dépasser la déception compréhensible d’une élection démocratique qui n’a pas produit le résultat escompté. Elles promettent, après l’entretien courtois entre Donald Trump et de Barack Obama jeudi au Bureau ovale, que le futur président républicain ne serait finalement pas le diviseur en chef tant décrié durant la campagne. Lors de son discours de la victoire, Donald Trump a ainsi parlé d’investissements dans les infrastructures et tu toute référence à sa volonté d’abroger Obamacare, ou d’expulser onze millions de clandestins.

C’est oublier que l’élection de mardi était davantage qu’un choix de personne ou d’un parti politique. C’était le choix d’une Amérique, inclusive ou repliée sur elle-même, d’une société ouverte prête à tirer profit de la différence ou d’un pays qui pense pouvoir rétablir un âge d’or mythique où les Blancs restaient la norme par défaut. L’enjeu de la présidentielle 2016, selon la First Lady Michelle Obama, était davantage une question de valeurs, de vivre-ensemble harmonieux et de «decency» (respectabilité), un terme qui revient sans cesse dans la bouche de millions de citoyens qui refusent de s’identifier à un pays qu’ils disent ne plus reconnaître. Trump à la Maison-Blanche, c’est, pour eux, une impossibilité morale.

Son élection pourrait bien exacerber un Kulturkampf sur ce que doit devenir ce pays qui a été l’une des terres d’accueil les plus convoitées par les migrants du monde entier. Elle pourrait remettre en question la nature même de ce territoire dont l’hétérogénéité culturelle, raciale, économique et politique a réussi jusqu’ici à prospérer sans accroc majeur. Mais aujourd’hui, l’incompatibilité des deux Amérique semble profonde, presque irrémédiable. Détricoter celle de Barack Obama pourrait enflammer la rue américaine.

A partir du 20 janvier 2017, Donald Trump aura une lourde dette envers ses électeurs. Il devra prouver que ses promesses n’étaient pas qu’une pure stratégie électorale. S’il ne l’honore pas, le retour de flamme sera plus dévastateur encore.


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