éditorial

Trump l’imprévisible, mauvais pour l’économie

EDITORIAL. Accueilli comme une star au Forum de Davos, le président américain n’est pourtant pas une bonne nouvelle pour le monde économique. Contrairement à ce que ses équipes et lui martèlent à chaque occasion

Sur Twitter, évidemment. Mais aussi par la voix de l’importante délégation qui le précédait à Davos. Et, on peut l’imaginer, lors du discours très attendu qu’il donnera ce vendredi au Forum économique mondial. Donald Trump le répète à chaque occasion: il est une bonne nouvelle pour l’économie. Pour celle de son pays, bien sûr, mais aussi pour celle du reste du monde. Comme pour toutes les déclarations du président américain, il faut prendre celle-ci avec des pincettes.

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D’abord, les indicateurs dont Trump se réclame ne sont qu’une moitié de l’équation. Certes, Wall Street atteint des records, le chômage est en baisse et la croissance économique en hausse. Mais cela ne dit pas grand-chose de son bilan. Cette progression a débuté sous l’ère Obama et, si ces chiffres sont en effet bons aux Etats-Unis, ils le sont aussi partout ailleurs.

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Ensuite, ses décisions sur les questions de commerce international se révèlent plutôt inquiétantes. En sortant des grands accords internationaux (TTIP), en attaquant frontalement l’OMC ou en imposant une nouvelle taxe sur les machines à laver et les panneaux solaires chinois (comme il l’a fait en début de semaine), Donald Trump génère d’importantes tensions qui ne sont pas près de s’apaiser. «Cela fait un petit moment que la guerre commerciale est en place; la seule différence, c’est qu'à présent les Etats-Unis montent au créneau, relativise un membre de sa délégation lors d’une rencontre à Davos».

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Malgré cela, l’ancien homme d’affaires a été accueilli comme une rock star à son arrivée dans la station grisonne. Lorsqu’ils le regardent entrer dans le hall du Centre des congrès, plusieurs des participants ont des dollars qui flottent dans les yeux. Et pour cause, en réussissant sa réforme fiscale à la fin de l’année dernière – celle qui voit les impôts des entreprises américaines baisser de 35 à 20% –, il leur a fait un sacré cadeau. D’innombrables multinationales considèrent désormais que les Etats-Unis sont «the place to be» dans le monde développé.

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Mais cette largesse fiscale n’est pas gratuite et devrait creuser le déficit américain. Les plus optimistes bottent en touche: les investisseurs du monde entier aiment tellement financer la dette des Etats-Unis que ce n’est pas un problème. C’est vrai jusqu’à un certain point puisque les Chinois, premiers acheteurs de bons du Trésor, donnent depuis le début de l’année des signes d’agacement. Ils pourraient progressivement se tourner vers d’autres actifs, surtout si la situation dégénère sur le front du commerce.

Voilà pour la complexe partie d’échecs. Mais il est également possible de résumer en un tweet pourquoi le président des Etats-Unis n’est, en aucun cas, une bonne nouvelle pour le monde économique: @realdonaldtrump est totalement imprévisible et engendre une profonde instabilité. Preuve encore cette fin de semaine à Davos où, avec lui, on a littéralement l’impression que tout peut arriver. L’instabilité, c’est tout ce que l’économie déteste. Même quand elle se porte bien.

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