En 1992, George Bush perd l’élection présidentielle contre Bill Clinton. «Voilà comment je vois les choses, dit-il. Le peuple a parlé et nous respectons la majesté du système démocratique. Je viens d’appeler le gouverneur Clinton à Little Rock, je lui ai présenté mes félicitations. Il a mené une campagne forte. Je lui souhaite la bienvenue à la Maison-Blanche.» Le discours continue pendant cinq minutes, haché, la syntaxe malmenée, avec des hésitations et des lapsus trop nombreux pour ne pas trahir, sous la politesse des mots, l’agitation intérieure d’une personne bouleversée. La performance a été jugée mauvaise, triste et même, selon certains, grotesque.

C’est un art en effet de reconnaître la victoire d’un rival montré pendant huit mois comme menteur, tricheur, incompétent et pire encore. L’exercice est si fondamentalement insincère qu’il s’effectue au moyen d’un rituel informel mais obligatoire de fin des combats: le vaincu s’incline devant le vainqueur et lui souhaite le meilleur. Il n’y a pas de victoire qui, pour être complète, n’exige un aveu de défaite. «Ensanglanté mais encore debout, le vaincu doit offrir la couronne de la victoire à son ennemi juré», écrit le politiste Paul Corcoran dans une étude sur la rhétorique électorale américaine.