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Etudiants d'un établissement de Beyrouth financé par l'UNRWA. Liban, 3 septembre 2018.
© Anwar Amro/AFPT

Opinion

Trump permet une mise à jour de l’UNRWA

OPINION. La décision du président américain de couper les fonds de l’agence de l’ONU d’aide aux réfugiés palestiniens a un mérite, estime Alexandre Casella, ancien représentant du HCR au Moyen-Orient. Elle permettra de mettre à jour son rôle

La décision du président Trump de suspendre la contribution américaine à l’UNRWA, l’agence des Nations unies responsable de l’aide aux réfugiés palestiniens, ne remet pas en cause l’existence même de l’organisation. En effet un manque à gagner de 360 millions de dollars pourra facilement être comblé par d’autres donateurs.

Mais quels que soient ses avenants, cette décision a du moins le mérite, voulu ou non, de soulever une autre question: 70 ans après sa création, l’UNRWA, une organisation qui avait été conçue à l’origine comme la composante d’une solution, n’est-elle pas devenue une partie du problème?

Réfugiés utilisés comme moyen de pression

Suite à la création d’Israël, quelque 720 000 Palestiniens qui habitaient à l’intérieur des frontières du nouvel Etat se réfugièrent dans les pays arabes environnants, créant une crise humanitaire majeure. Pour y faire face, l’ONU – pour ne pas dire les pays occidentaux – créa l’UNRWA.

A sa création, l’UNRWA arrangeait tout le monde. Pour Israël c’était la certitude que quelqu’un pourvoirait aux besoins des réfugiés palestiniens et que le retour de ces personnes, dont l’Etat juif ne voulait pas, n’était pas une priorité. Quant aux Etats arabes qui avaient adopté à l’égard d’Israël la politique des trois non – pas de paix, pas de reconnaissance, pas de négociation –, ils avaient décidé de ne pas intégrer les réfugiés palestiniens mais de les maintenir dans des camps afin de s’en servir comme moyen de pression contre le nouvel Etat. Qu’il revienne à l’UNRWA de pourvoir à leurs besoins était un plus.

Conditions de vie déplorables

Aujourd’hui on estime que parmi les 720 000 réfugiés palestiniens qui avaient fui Israël en 1948, quelque 40 000 sont encore en vie. Or l’UNRWA comptabilise actuellement près de 6 millions de réfugiés. La réalité derrière ce chiffre tient au fait que selon l’UNRWA le statut de réfugié palestinien s’hérite de génération en génération, en ligne patrilinéaire. Le résultat, c’est que le nombre de réfugiés palestiniens ne fait que croître selon un processus qui apparaît sans fin. D’où la nécessité sinon de résoudre le problème dans son ensemble, du moins de le circonscrire par une approche sectorielle.

Le seul pays arabe qui a entrepris un vaste programme de naturalisation des Palestiniens est la Jordanie, dont on estime que quelque 2 millions d’habitants sont d’origine palestinienne. Or ceux-ci, bien que citoyens jordaniens, sont toujours comptabilisés par l’UNRWA comme «réfugiés». A l’inverse, l’Arabie saoudite héberge 250 000 réfugiés palestiniens qui travaillent et sont parfaitement intégrés tout en constituant le seul groupe social qui n’est pas autorisé à déposer une demande de naturalisation, même s’il remplit toutes les conditions nécessaires.

Au Liban, l’UNRWA comptabilise 500 000 réfugiés palestiniens alors que le gouvernement libanais en dénombre 175 000. Mais quel que soit leur nombre, leurs conditions de vie sont déplorables. Interdits par le gouvernement de travailler, de s’installer hors des camps ou d’acquérir des biens immobiliers, ils survivent dans l’équivalent d’un régime d’apartheid.

Le problème de Gaza

Il est certain que le jour où l’on cessera de qualifier de «réfugiés» des personnes d’origine palestinienne qui ont acquis une autre nationalité, on aura réduit d’au moins un tiers les réfugiés comptabilisés par l’UNRWA. En parallèle, une politique de naturalisation, ou au moins de permis de séjour permanents de la part des Etats arabes, serait en fait dans leur intérêt, les Palestiniens étant un des groupes les plus éduqués du Moyen-Orient.

Certes cela ne résoudra pas le problème de Gaza. De même, il y aura sans doute des personnes d’ascendance palestinienne qui bien que naturalisées continueront subjectivement à s’estimer palestiniennes. Mais du moins le problème ne continuera pas de croître selon une logique contraire au bon sens.

Planifier l’avenir n’est pas le point fort des gouvernements occidentaux, qui généralement ne réagissent que face à des situations de crise. Ainsi pour les cinq principaux donateurs de l’UNRWA, à savoir les Etats-Unis, l’Union européenne, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Suède, mettre l’organisation à l’heure du jour n’a jamais été un impératif. Grâce à ou malgré Trump, cela l’est devenu. Mais évidemment cela demande que l’on réfléchisse sur le long terme. Signer un chèque exige moins d’efforts.

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© Gabioud Simon (gam)