Éditorial

Trump solde le rôle de l'Amérique en Syrie

ÉDITORIAL. Le retrait des troupes américaines de Syrie décidé par Donald Trump est cohérent avec sa vision et son programme de campagne. Mais la manière et le moment choisis pour l'annoncer sont préoccupants

L’éminence grise de Ronald Reagan, le Suisse Fred Charles Iklé, le martelait à propos du Vietnam: «Toute guerre doit s’achever.» La décision de Donald Trump de retirer les quelque 2000 soldats américains de Syrie est cohérente avec sa vision du rôle des Etats-Unis dans le monde. Elle reflète aussi une tendance de fond qui caractérise la politique étrangère des Etats-Unis. Les Américains sont fatigués du rôle de gendarme du monde que leur pays a joué pendant des décennies.

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«L'Amérique d'abord»

Barack Obama lui-même avait cherché à ne plus voir dans la force militaire le principal attribut de la puissance américaine, orchestrant le retrait des troupes américaines d’Irak en 2011. Après la désastreuse invasion américaine de l’Irak en 2003, tous ceux qui déplorent l’impérialisme américain accorderont en l’occurrence un certain mérite à Donald Trump dont le mantra est «l’Amérique d’abord». Mais la manière et le moment choisi posent de graves questions et  choque tant à Washington que parmi les alliés de l’Amérique.

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Une trahison?

Si le retrait précipité d’Irak a favorisé l’avènement de l’EI, celui de Syrie pourrait remettre en selle les 20000 djihadistes qui n’attendant que le moment idéal pour ressortir de l’ombre. Les médias américains lient par ailleurs la décision du retrait à la conversation que Donald Trump a eue la semaine dernière avec son homologue turc. Ils soupçonnent le président américain d’avoir cédé aux desiderata de Recep Tayyip Erdogan pour accomplir un objectif purement politique. Quitte à trahir sans état d’âme des Kurdes, qui ont été des alliés précieux de l’Amérique pour vaincre le groupe Etat islamique (EI), mais qui sont désormais voués aux bombes d’Erdogan. La vente récemment autorisée par Washington de batteries de missiles Patriot à Ankara pourrait elle aussi avoir pesé dans la balance.

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Un autre aspect, plus psychologique, devrait inquiéter davantage encore. Erratique, le président américain, qui détient les codes nucléaires, ne s’embarrasse pas des conséquences à long terme de ses décisions. Il a décidé seul, contre l’avis de tous ses conseillers. La force minimale, mais efficace que les Etats-Unis gardaient en Syrie avait un but: maintenir un levier dans la perspective d’un règlement politique du conflit et contenir Russes et Iraniens. Trump jette tout par dessus bord, sapant encore un peu plus l'influence des Etats-Unis au Moyen-Orient.

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