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Peinture murale d'un restaurant de Vilnius. Lituanie, 23 novembre 2016.
© Sean Gallup/Getty Images

Chronique

Quand le «trumpoutinisme» l’emportera

Donald Trump et Vladimir Poutine partagent une même lecture du monde: lutte contre l’islamisme, priorité à l’armée, repli national, culte de l’homme providentiel. Va-t-on voir émerger une nouvelle doctrine, le «trumpoutinisme»? Jusqu’à la confrontation finale?

Le 27 avril 2016, Donald Trump livrait sa vision de l’histoire et de la place des Etats-Unis dans le monde lors d’un discours de politique étrangère à Washington. Il est temps de le lire.

Son récit débutait par l’affirmation que son pays, «l’Amérique» (terme systématiquement préféré à celui d’«Etats-Unis» dans le langage de Trump), a sauvé le monde une première fois lors de la Deuxième Guerre mondiale, puis une seconde fois en terrassant le communisme. L’Amérique, alors, était grande.

La guerre froide de Trump

Ensuite, l’Amérique fit fausse route en voulant exporter sa «démocratie occidentale». En plus de créer le chaos au Proche-Orient, cela lui coûta très cher financièrement. L’Amérique s’est décrédibilisée, coupée de ses amis (sont nommés l’Egypte des Moubarak et Israël), compromise avec ses ennemis (Chine, Iran, Cuba). Résultat: jamais le pays n’a été aussi faible.

Lire aussi: L’Amérique imaginaire de Donald Trump

Donald Trump veut rendre sa grandeur à l’Amérique. Sa guerre froide à lui, c’est le «combat philosophique» contre l’«islam radical». Cet objectif (la défense des chrétiens) doit donc déterminer les alliances. Dans cette lutte, la Russie est du bon côté.

L’Etat-nation comme étalon

Pour être grande et crédible, l’Amérique doit se remilitariser (Barack Obama, affirme-t-il, a coupé partout: bouclier antimissiles, armes nucléaires, aviation, marine, soldats, cyberdéfense). Le plan de relance de l’Amérique devrait donc signifier le retour triomphal du lobby militaro-industriel comme moteur économique («c’est le meilleur investissement qu’on puisse faire», dit-il). Quant aux alliés qui bénéficiaient jusqu’ici du bouclier américain (OTAN, Asie de l’Est), ils vont devoir passer à la caisse.

Lire aussi: L’Amérique nationaliste de Donald Trump

Désormais, poursuit Donald Trump, ce sont les règles américaines qui vont régir la conduite du pays. Et ce sera bon pour la paix. Fini les histoires de «valeurs universelles» ou «la fausse musique de la globalisation». «L’Etat-nation reste le socle du bonheur et de l’harmonie. Je suis sceptique sur les unions internationales qui affaiblissent l’Amérique», proclame Donald Trump. L’action de l’Amérique sera guidée non plus par des valeurs partagées mais par des intérêts partagés.

Au nom des rapports de force

Truffé de contre-vérités (à commencer par le postulat de base: le nazisme n’a pas été vaincu par les Etats-Unis mais par les Alliés et le communisme s’est effondré de lui-même), ce grand récit n’en est pas moins frappant sur un point: il aurait pu être prononcé par Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine ne sera bien entendu jamais à la tête des Etats-Unis. Mais il partage presque entièrement la lecture du monde que livre Donald Trump. Un même ennemi (l’islam), une même méfiance (pour la globalisation), un même dédain (pour l’Union européenne et les valeurs universelles), une même croyance (l’Etat-nation comme source unique de légitimité et l’armée comme socle de la grandeur), un même postulat qui dicte l’action: seuls les rapports de force comptent. Tout cela au nom de la paix. Il y a des nuances, la principale étant peut-être que Vladimir Poutine n’a pas tout à fait renoncé à l’ONU (cette organisation est absente du monde de Trump).

Le milliardaire et l’agent secret

Donald Trump et Vladimir Poutine l’ont dit et répété: ils s’apprécient. Le milliardaire et l’agent secret ont en commun le même culte de l’homme providentiel devant sauver son peuple. Ni l’un ni l’autre n’est un idéologue. Mais cette rencontre, qui aurait semblé totalement improbable il y a une décennie, pourrait donner naissance à une nouvelle doctrine géopolitique: le «trumpoutinisme». Jusqu’au jour où la «grande Amérique» de Donald et la «grande Russie» de Vladimir entreront en collision.

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