Fallait-il montrer la mort en direct?

Mercredi, deux journalistes américains ont été abattus en pleine interview télévisée. Le meurtrier a lui-même filmé la scène et posté la vidéo sur les réseaux sociaux avant de se suicider. La RTS n’a rien montré, «Le Matin» une partie des images. Qui a raison? Le point de vue des deux médias

Bernard Rappaz: «Ces images que ne diffusent pas nos journaux télévisés»

En floutant les visages des criminels vous les protégez! En censurant la violence vous cédez au «politiquement correct»! En sélectionnant vos images vous faites le jeu des extrémistes qui vous accusent de dissimuler la vérité! Notre prudence dans la diffusion d’images violentes ou de scènes criminelles dans les journaux télévisés n’est pas toujours comprise. On nous accuse même parfois de protéger les assassins plutôt que les victimes! Et il est vrai qu’il n’est pas toujours facile de tracer une ligne rouge entre l’important et le sensationnel, entre les dangers de manipulation et la nécessaire mise en lumière d’une tragédie.

Notre pratique restrictive se nourrit de quelques principes déontologiques et d’un peu de bon sens. Avec, en priorité, cette interrogation: y a-t-il un intérêt public vital à jeter un nom en pâture ou placarder un visage dans l’urgence du moment? Quelle est la valeur informative d’un tel geste? Car, si nous floutons les visages dans certaines situations c’est d’abord par respect du principe de présomption d’innocence… Lire la suite

Grégoire Nappey: «Pourquoi et comment nous avons diffusé une des vidéos»

Mercredi, dans la rédaction du «Matin», on n’y a d’abord pas cru. On s’est repassé la vidéo, cherchant le détail trahissant la contrefaçon. Et pourtant c’était vrai. Après la mort en direct, voici le meurtre en caméra subjective. On cherche les mots pour qualifier le geste de cet homme, pistolet dans une main, caméra enclenchée dans l’autre. Et les médias s’interrogent: que faire avec ce sordide matériel?

Mais reprenons dans l’ordre. En milieu d’après-midi, la nouvelle tombe, ou plutôt claque: deux journalistes tués en direct sur une chaîne de télévision locale américaine. Les rédactions du monde entier diffusent l’information. Rapidement, les images circulent: une scène d’interview classique, des coups de feu, les cris de la journaliste qui tente de fuir, l’image qui «tombe» avec le cameraman lui aussi visé, laissant voir furtivement la silhouette du meurtrier… Lire la suite

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