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Ce dimanche à Tunis.
© Hassene Dridi/AP/Keystone

Revue de presse

La Tunisie à l’heure du grand désenchantement

Le dictateur Ben Ali a beau avoir été éjecté il y maintenant sept ans, la république ne se porte guère mieux: elle ne s’est pas ouverte politiquement parlant, et son gouvernement a accumulé les erreurs et appauvri le pays

Au terme d’une semaine de troubles sociaux, les Tunisiens ont marqué ce dimanche le 7e anniversaire de la révolution du Jasmin. Si certains ont exprimé leur fierté, d’autres ont surtout crié leur colère face à la persistance des maux, notamment la pauvreté, le chômage et la corruption: c’est «l’envers du décor d’une transition tant célébrée à l’étranger», aux yeux du Monde. L’excellent reportage de Sarah Leduc sur le site France24.com, avec ses tweets, témoigne du chaos qui règne sur place et du mélange des idéologies que permet le vide politique en Tunisie:

Sur l’avenue Habib-Bourguiba, à Tunis, un des lieux emblématiques du soulèvement qui fut le point de départ des printemps arabes en 2011, quelques centaines de personnes ont manifesté par groupes séparés pour marquer l’anniversaire de la chute de Zine el-Abidine Ben Ali après vingt-trois ans de règne sans partage, aujourd’hui exilé en Arabie saoudite et qui «se porte bien», selon le HuffingtonPost. fr: «Ben Ali, suite et pas fin», résume ainsi le site Afrik.com, pour décrire la paralysie du pays.

Lire aussi: Tous les récents articles du Temps.ch sur la Tunisie

Des membres du collectif citoyen Manich Msamah («Je ne pardonnerai pas») ont donc défilé en brandissant les photos de «martyrs» de la révolution, tandis que des jeunes manifestaient pour l’emploi. Des partis politiques avaient installé des stands. L’avenue avait été placée sous très haute sécurité et les arrivants ont été soumis à des fouilles. En fin de journée, des policiers ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs dizaines de jeunes manifestants, dans le quartier d’Ettadhamen-Mnihla. Un journaliste de Reuters a vu des jeunes d’environ 20 ans caillasser des véhicules de police et mettre le feu à des pneus, avant l’intervention des forces de sécurité.

«Cette commémoration, dit Courrier international, a aussi été marquée par plusieurs manifestations violentes contre l’austérité, comme celles qui avaient déjà secoué la Tunisie en début de semaine.» A ce propos, le magazine français a traduit une partie de l’article du chercheur et analyste politique Youssef Cherif – qui vit à Tunis – publié sur le site d’Al-Jazira.

Selon lui, «la colère du peuple a enflé face à l’échec de l’ouverture politique et aux erreurs de gestion du gouvernement, qui ne sont plus tolérables» parce qu’elles ont abouti à «une économie à bout de souffle avec un PIB en chute libre et un chômage massif; un gouvernement de coalition sans soutien populaire; et à des promesses sans lendemain des partis au pouvoir qui se concurrencent pour accroître leur influence respective.» Résultat, il n’y a «aucune issue politique à l’horizon», indique Liberté-Algérie. Et Le Temps titrait ce dimanche à la une:

On voit les risques d’une telle situation. Les intégristes se sont d’ailleurs déjà engouffrés dans la brèche. Selon le site d’information Kapitalis.com, «le parti radical islamiste Hizb ut-Tahrir» aurait également «occupé l’avenue Bourguiba» ce week-end avec «des drapeaux de Daech», sans que les autorités n’interviennent: «Les dirigeants de ce mouvement qui ne croit pas aux valeurs de la république et qui s’oppose à la démocratie représentative, à la constitution, qu’il appelle d’ailleurs à remplacer par la charia islamique, n’ont pas seulement défilé avec leurs bannières et banderoles, ils ont aussi tenu des discours appelant à la chute de ce qu’ils appellent l’Etat laïc pour le remplacer par le califat islamique»:

Face à ce chaos, le diagnostic du site AfricanManager.com est très clair: la Tunisie est «un pays qui dysfonctionne tous azimuts», avec une «révolution dévoyée». A l’euphorie de 2001 a succédé «la lassitude qui a vite fait de tourner à la désespérance, pour se convertir en contestation aux expressions multiples où la violence n’est pas absente. Une atmosphère délétère accentuée par une classe politique franchement déconnectée de ce qui est censé être son assise populaire, et plutôt occupée à servir ses propres intérêts et des ambitions claniques où la quête du pouvoir est la chose la mieux partagée.»

Au final, «le miracle économique promis n’est jamais arrivé», pour le spécialiste du monde arabe Gilbert Achcar, qui s’exprime dans Libération. A ses yeux, si «la révolution de 2011 fut une révolution de jeunes, elle a produit le président le plus vieux au monde», Béji Caïd Essebsi, 91 ans: «Il y a quelque chose qui cloche! […] C’est un homme de l’ancien régime, qui applique les mêmes méthodes, avec les mêmes cercles que par le passé. Avec Ben Ali, les Tunisiens ont éliminé la partie émergée de l’iceberg. Personne n’est dupe en Tunisie: l’ancien régime est de retour. On n’a voulu voir qu’une révolution pacifique et réussie, mais il y a des symptômes évidents d’un profond malaise […]. C’est le pays de la région qui a le plus grand nombre de jeunes engagés avec l’Etat islamique, par exemple!»

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