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Un électeur turc dépose son vote dans l'urne au consulat de Genève.
© Reuters/Denis Balibouse

Sur les réseaux

Les Turcs de Suisse se démarquent en rejetant le référendum

Contrairement aux diasporas turques de la majorité des pays européens, celle de Suisse a refusé à 62% la réforme constitutionnelle votée dimanche. Pourquoi? Les explications fleurissent sur la Toile

En Europe, les Turcs de Suisse font figure d’exception. Dimanche, ils ont rejeté à 62% la réforme de la Constitution voulue par le président Recep Tayyip Erdogan, selon les chiffres provisoires de l’agence Anadolu. A l’inverse, la diaspora turque de Belgique a largement plébiscité le référendum (74,98%), tout comme celle d’Autriche (73,23%), des Pays-Bas (70,94%), voire même de France (64,86%). Après des semaines de tensions diplomatiques entre Berne et Ankara, «l’anomalie» helvétique interpelle. Sur les réseaux, elle est tour à tour fustigée ou saluée. A l’image d’un pays coupé en deux.

«Malheureusement pour nous ça n’a pas suffi»

Octroyer davantage de pouvoirs à l’homme fort du pays, que certains surnomment déjà le Sultan? Une majorité des quelque 95’263 électeurs turcs inscrits en Suisse a dit non. «Malheureusement pour nous ça n’a pas suffi, déplore une internaute amère sur Facebook. Je suis vraiment inquiète pour l’avenir de mon pays qui nous a déjà donné un avant-goût du despotisme. Je m’inquiète pour les droits des femmes, le respect des minorités, pour les libertés et les valeurs d’Atatürk.»

Lire aussi: En Turquie, victoire de justesse de l’hyper-président Erdogan

Malgré la défaite, un compatriote y voit un signe du respect de l’Etat de droit. «Bravo aux Turcs en Suisse qui apparemment ont compris les enjeux. Bravo à l’intégration en Suisse. En voici la preuve.» «Très fier de mes compatriotes binationaux et des Turcs de Suisse qui ont massivement rejeté le référendum d’Erdogan», renchérit @r_dorego sur Twitter.

Hors de Turquie, le vote en faveur du référendum atteint en moyenne 59,09% contre environ 51,18% à l’intérieur du pays, toujours selon Anadolu. Quelque 2,9 millions de personnes pouvaient voter à l’étranger. Leurs voix ont compté pour 5% du résultat total.

Majorité de Kurdes

Quelle leçon tirer du cas suisse? «D’abord qu’une majorité de ceux qui ont le passeport turc en Suisse sont des Kurdes, donc le résultat n’est pas surprenant», commente-t-on sur Facebook. «Normal, ceux de Suisse savent pourquoi ils ont quitté leur dictateur», lit-on encore. «On voit pourtant une présence massive des supporters d’Erdogan et de l’AKP sur Facebook, c’est à se demander jusqu’à quel point ce n’est qu’un énième moyen de propagande», souligne un internaute.

L’opposition s’inquiète

Alors que l’issue du référendum reste contestée, l’opposition turque en Suisse craint pour sa sécurité. Lundi, dans un entretien accordé à l’ATS, le Congrès démocratique des peuples Suisse (HDK) a requis une attitude «critique» de la part de Berne. Le représentant d’HDK, Hakan Gürgen, a notamment évoqué un risque de surveillance et d’espionnage accru pour les dissidents.

Lire aussi: Manifestation anti-Erdogan: la Turquie voit rouge

Contrairement à d’autres Etats européens, la Suisse a autorisé la venue de ministres turcs sur son territoire, au nom de la liberté d’expression. Samedi 25 mars dernier, une manifestation anti-Erdogan à Berne, assortie d’un appel au meurtre du président turc, avait toutefois nettement refroidi les relations entre les deux pays. «Vous récolterez ce que vous avez semé», avait fustigé le président lors d’un discours le lendemain.

Dictateur ou héros?

S’il est régulièrement qualifié de dictateur, Recep Tayyip Erdogan est au contraire perçu comme un héros chez les partisans de l’AKP. «Y a-t-il eu un référendum lorsqu'#Atatürk a changé la Constitution?» lance @GoldenZambak sur Twitter, dénonçant un double standard. «LeSaviezVous: Lorsque le pouvoir est donné au peuple, celui-ci a aussi le pouvoir de lui préférer l’absolutisme», ajoute @JKenzia.

Grave régression pour les uns, victoire salutaire pour les autres, les deux camps semblent définitivement irréconciliables. «La démocratie, c’est le pouvoir pour les poux de manger les lions», rappelle un internaute, citant Georges Clemenceau.

Lire également: Après la révision constitutionnelle, les nouveaux pouvoirs du président turc

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