Le téléspectateur qui se promène en ce moment sur les chaînes françaises ne peut qu'être saisi par le nombre de débats de haut vol qui s'y déroulent, certes en deuxième partie de soirée, entre écrivains, essayistes et penseurs de tous horizons. Le livre, l'essai le plus souvent, mais aussi le roman sont bien souvent au départ de discussions non formatées.

Le phénomène n'est pas neuf, mais il gagne en force avec le pari de France 3 qui mise en cette rentrée sur un concept de talk-show culturel quasi quotidien. «Ce soir ou jamais» concentre des traits de caractère que l'on croyait perdus dans les oubliettes de la télévision: les invités ont le temps de dérouler leur pensée, le contenu prévaut sur la promotion, les thématiques placent la culture au cœur des préoccupations politiques, sociales, esthétiques de tout un chacun.

Trop beau pour être vrai? L'émission n'a pas encore atteint l'audience espérée. Mais Patrick de Carolis, président de France Télévisions, soutient mordicus l'entreprise.

Les deux autres chaînes publiques françaises ont, elles aussi, leurs espaces de prises de parole fécondées par le livre. Peut-on parler pour autant d'émissions littéraires? La question n'est plus là. La tendance n'est plus à la sacralisation de l'écrivain. Le livre irradie au cœur de la vie.

A l'heure où le débat sur les missions de service public de la SSR bat son plein, une évidence s'impose. Ces émissions culturelles, qui sont autant de forums citoyens, d'arènes de la parole et de la pensée, relèvent du noyau dur du cahier des charges d'une télévision publique.

Miser sur la culture, et le livre en particulier, ne peut pas s'inscrire uniquement dans une logique d'audimat. Une télévision publique a l'obligation de ménager de tels espaces.

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