Justice

Twitter condamne Christine Lagarde

Les internautes dénoncent le «traitement de faveur» réservé à la patronne du FMI, symbole d’une «justice à deux vitesses»

Coupable mais pas sanctionnée: le sort réservé à Christine Lagarde dans l’affaire de l’arbitrage Tapie-Crédit Lyonnais provoque l’indignation sur la Toile. Malgré sa «négligence», la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) échappe à toute peine et se maintient dans sa fonction.

Le parfait exemple d’une «justice à deux vitesses», la démonstration d’une «oligarchie au-dessus des lois», «irresponsable dans tous les sens du terme» et «gavée de privilèges écœurants».

Mais qu’est-ce qui a épargné l’indéboulonnable patronne, «celle qui donne des leçons de bonne gestion à la terre entière»? «Sa personnalité et sa réputation internationale». Sur Twitter, les internautes rivalisent d’humour pour dénoncer ce traitement de faveur qu’ils jugent «injuste», «hypocrite» et «honteux». «Une caissière virée de son boulot pour une erreur de 85 centimes. Christine Lagarde dispensée de peine pour 400 millions d’euros. Tout va bien», tweete, amer, @LdeCorbiere.

«D’après mes calculs, si je ne payais pas mes impôts pendant 235 294 ans, j’arriverais à une négligence équivalente à celle de #Lagarde», renchérit @MxPaad. Au palmarès des scandales, @pbriday innove: «#FMI Après DSK et Lagarde, la France n’a plus droit à l’erreur, proposons Balkany.»

Pour illustrer le «deux poids, deux mesures», François Bayrou a choisi le proverbe de la Fontaine. «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.» «Les animaux malades de la peste», la France malade tout court: la farce ne fait plus vraiment rire. «Vous êtes une honte pour votre pays et un exemple à ne pas suivre… coupable!» charge @jpdwjr.

«Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui assurent la justice»

Twitter a définitivement condamné Christine Lagarde. Oui, mais. «Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui assurent la justice», assène Gérard Larcher, président du Sénat, mardi à l’antenne de France Info. «Qu’elle nous arrange ou qu’elle nous dérange, la justice est critiquée», souligne-t-il.

Les réactions ne se font pas attendre. «A 404 millions d’euros, le #Contribuable peut en juger!» estime @guyonneauclaude. «Les réseaux sociaux, c’est la voix du peuple! #méprisant. Et nous, on nous amende tous les jours sur les bords de route!» dénonce encore ‏@mickamick24, aussitôt rejoint par @MelodyNelson81. «Les loups ne se mangent pas entre eux surtout quand ils sont de la même meute…»

L’arbre qui cache la forêt

Le verdict de la Cour de justice de la République? Un «moindre mal», rétorquent ceux qui pensent que la France n’aurait pas pu survivre à un second scandale après l’affaire Dominique Strauss-Kahn et devait sauver la face. Ou encore que le prochain patron du FMI aurait sans doute été pire. «Dans l’affaire #Tapie, @Lagarde n’est qu’une lampiste. Les vrais responsables #Sarkozy #Filllon #Woerth se planquent. A quand un vrai procès?» s’interroge @Daarjeeling.

Elle paye pour les autres. Peut-être, mais que paye-t-elle exactement? Pas grand-chose. «Si on la condamnait, il y en a d’autres qu’il faudrait carrément pendre», tacle encore @KersausonDe. «Ce n’est pas si compliqué, observe un internaute cynique. Si Lagarde est relaxée, l’Etat ne peut plus réclamer le fric à Tapie… Donc, l’arbitrage était un bon choix.»

Lire aussi: Christine Lagarde, un parcours de première classe

Certes les réseaux sociaux ne doivent pas se transformer en tribunaux populaires. Mais en procédant ainsi, la justice provoque un sentiment d’incompréhension et une perte de confiance. De quoi nourrir le discours des «tous pourris» et creuser encore davantage le fossé entre la population et la classe dirigeante. Comme si la France avait besoin de cela.

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