Éditorial

Twitter, ce miroir de l’ADN politique suisse

En Suisse, les réseaux sociaux sont encore sous-utilisés par les politiciens et les candidats: au pays du consensus, ils heurtent certaines mœurs politiques. La campagne précédant les élections fédérales sera pourtant l’occasion de tester plus activement cette nouvelle agora participative

Editorial

Twitter, ce miroir de l’ADN politique suisse

La campagne électorale de 2015 ouvrira-t-elle de nouveaux horizons digitaux? Hormis une poignée d’entre eux, souvent jeunes, les politiciens et politiciennes suisses restent frileux, voire réticents à utiliser activement les médias sociaux, Twitter en particulier. Dans de plus grands pays, les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, ce site qui permet d’envoyer à ses abonnés des messages de 140 caractères est considéré dans le monde politique comme un outil stratégique de communication et de marketing. Mais pas en Suisse.

Avec sa culture politique feutrée et basée sur le consensus, la Confédération résiste et reste (encore) largement à l’écart du mouvement planétaire. Au sein du Conseil fédéral, Alain Berset a été longtemps le seul à posséder un compte Twitter à son nom, Johann Schneider-Ammann l’a rejoint depuis quelques jours. Impensable en France: les ministres sont massivement présents en ligne.

Twitter représente le royaume de la petite phrase, enthousiaste, vacharde ou ironique; le site offre une tribune permanente aux usagers férus de rhétorique. Cet exercice entre peu en résonance avec la pratique helvétique. Chez certains, il provoque méfiance et répulsion. C’est sans doute le cas de la conseillère fédérale Doris Leuthard, dont le service de communication s’est essayé en urgence et maladroitement au tweet de réaction après la tuerie à Charlie Hebdo.

Mais des raisons plus profondes expliquent la retenue helvétique. En raison de la taille du pays, du fédéralisme et du système de milice, les politiciens suisses restent proches de leurs électeurs, même lorsqu’ils deviennent parlementaires fédéraux. Certains d’entre eux, notables bien implantés dans leur commune ou juniors ancrés dans les associations de jeunesse, ne voient pas l’intérêt de passer du temps sur les réseaux sociaux. Ils préfèrent le contact direct, dans la rue, les associations, les réseaux traditionnels. Sans compter qu’ils ne disposent pas d’équipes de campagne aussi fournies que les politiciens français ou américains.

Twitter, Facebook aujourd’hui, Instagram ou une autre application demain. Ces médias offrent pourtant des possibilités inédites d’atteindre de nouveaux publics, autant d’électeurs potentiels. L’écume de la petite phrase mise à part, les médias sociaux représentent des lieux uniques d’expression et de partage d’informations. Bien utilisés, ils pourraient devenir une agora moderne et participative, permettant d’enrichir le débat politique. La campagne précédant les élections fédérales donnera l’occasion d’un nouveau test.

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