Editorial

Uber, la perte de l'innocence

Devenu obèse, Uber pèse désormais trop lourd. Son CEO doit prouver qu’Uber peut encore créer de la valeur

Il y a peu d’entreprises devenues si vite après leur fondation le symbole d’une époque. Uber fait partie de ce cercle restreint: la start up de la mobilité a révolutionné le secteur des taxis sans posséder un seul véhicule. Elle a donné la possibilité à des clients de choisir un mode de locomotion privatif au prix des transports publics et proposé un accès simplifié en tout temps à son réseau grâce à une simple app. Agile, rapide et prête à saisir toutes les opportunités, Uber a inventé l’uberisation de l’économie.

Mais le temps de l’innocence est révolu. Devenu obèse, Uber pèse désormais trop lourd et son modèle d’affaires semble indiquer que seul l’avènement de la voiture sans pilote lui permettra de tenir ses projets d’expansion. Le géant écrase même le débat public. La disruption n’a jamais eu aussi mauvaise presse à cause de cette «licorne» omnipotente. Quasiment aucune contrée ne résiste à Uber qui peut maintenant contrôler le marché au point d’en fixer les prix et de rendre opaque toutes les transactions pour en tirer un maximum d'avantagea. Uber consacre l’économie privative après avoir promu l’économie collaborative.

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D’innovateur à monopoliste, l’histoire d’Uber est, au fond, très américaine. Il n’y a que là-bas où l’on passe de héros à zéro en un claquement de doigt. Dans ce cas-là, il aura fallu tout de même un peu plus: le comportement erratique de son fondateur et les polémiques qu’il a soulevées montrent au moins à quel point le manque d’éthique dans les affaires peut aujourd’hui coûter très cher.

Travis Kalanick aimait jouer de son côté méchant: c’était le sale gosse qui voulait tout bousculer sur son passage et libérer le monde du cartel des taxis. Aujourd’hui, il se retrouve accusé de harcèlement, de tromper les autorités, de rudoyer ses «partenaires» – les chauffeurs, qu’il paie de moins en moins – au point de se retrouver contraint d’annoncer qu’il doit changer et se calmer, lui l’éternel enragé.

Les Etats-Unis aiment les histoires de rédemption. Tout comme un certain président qui a lui aussi réussi à se faire élire en défiant le système et en séduisant par ses outrances, le jeune CEO parvenu au sommet doit maintenant composer avec la réalité du pouvoir. Il doit surtout s’acheter une conduite et prouver qu’Uber peut encore créer de la valeur, et pas seulement pour ses actionnaires. Sinon, il sera contraint à la démission au prochain scandale.

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