Les bénéfices et les bonus mirobolants de UBS et de Credit Suisse profitent-ils à la Suisse? Il est certes légitime de s'interroger sur l'impact économique de cette manne. La réponse reste au demeurant très convenable, car les deux géants bancaires continuent de créer des centaines d'emplois en Suisse. Ils y trouvent un cadre idéal qui les gardera longtemps parmi les meilleurs clients du clément fisc suisse.

Mais que l'on ne se leurre pas. Les bénéfices de ces deux fleurons arroseront de moins en moins le terreau local. Ces acteurs globaux croissent et recrutent surtout hors de nos frontières, échappant à la logique territoriale qu'on veut leur coller. Leurs fers de lance ne sont pas les activités de crédits, d'hypothèques, de banque de détail et de gestion transfrontalière à faibles marges menées en Suisse. Mais la gestion de fortune haut de gamme et la banque d'affaires, qui se développent ailleurs. C'est à Londres, New York ou Hongkong que les bonus seront dépensés. C'est à Shanghai, Singapour ou Taïwan que les bénéfices seront réinvestis. A Hongkong, UBS est 100% asiatique, reposant sur de purs talents locaux. A New York, Credit Suisse First Boston est un parangon de Wall Street et, avec UBS, l'un des donateurs établis du Parti républicain. Quand l'amnistie fiscale italienne a frappé le Tessin, Credit Suisse et sa grande sœur étaient fières de récupérer l'argent italien sur la Péninsule, où leur italianité était déjà bien ancrée. Et, avec l'ouverture de la Chine, nos deux champions étaient les premiers sur les rangs pour décrocher des licences boursières et bancaires. Pour se recentrer sur ces eldorados, des centaines de conseillers financiers à l'expertise globale et au visage local sont recrutés ici et là. Ciblant ses priorités, UBS a vendu ses petites banques suisses à Julius Bär.

Bref, si cela nous trouble de voir passer la majeure partie de ces milliards au-dessus de nos têtes, mieux vaut être actionnaire que simple concitoyen du numéro un rouge ou de son cadet en costume bleu: ils ont le talent de voir tourner le vent de la croissance et de placer leurs ressources là où le retour sur investissement sera le meilleur.

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