«Un colosse est né, il s'appelle United Bank of Switzerland», titra le Journal de Genève du 9 décembre 1997. La veille, UBS et SBS avaient fait sensation en annonçant leur fusion. Quand celle-ci devint effective le 29 juin 1998, c'est un très sage «UBS AG» qui fut inscrit au registre du commerce: «United Bank of Switzerland» était déjà passé à la trappe.

La maladroite et éphémère anglicisation du nom fut néanmoins abondamment relevée dans les médias - surtout romands - pour souligner le scepticisme hostile qu'inspirait l'opération. Mauvaise pour les petits épargnants, mauvaise pour les petits patrons, mauvaise pour les salariés, lisait-on dans les journaux, puisque 7000 postes allaient disparaître en Suisse.

A l'époque, les deux banques totalisaient 56000 employés, dont les deux tiers en Suisse. Aujourd'hui, UBS compte 83800 équivalents plein-temps, dont un tiers en Suisse. Ces chiffres en disent davantage que de longs débats sur la globalisation. Avec le recul de dix ans, le pari stratégique de la fusion a payé. Il a imposé des sacrifices sur le marché national, mais ceux-ci auraient été plus importants sans le développement à l'étranger. La capitalisation boursière a doublé depuis la fusion, UBS est devenue une banque mondiale avec laquelle il faut compter, la première en gestion de fortune.

Le chemin n'a pas été parsemé de pétales de rose. A peine nommé président du conseil de UBS, Mathis Cabiallavetta dut démissionner, la banque ayant perdu près d'un milliard de dollars dans un fonds spéculatif américain.

Moins de dix ans plus tard, c'est le directeur général, Peter Wuffli, qui est parti pour des raisons étrangement similaires. La tentation est toujours la même: survitaminer les résultats sous la pression des marchés en plaçant son argent dans des produits dont on maîtrise mal le risque.

De UBS, le président de l'Association suisse des banquiers pouvait dire il y a deux ans: «On a beau chercher, on ne voit pas ce que cette banque a fait de faux.» Aujourd'hui, le géant bancaire doit reconstruire une confiance ébranlée, y compris chez nombre de professionnels de la finance. Les réputations sont longues à bâtir et vite défaites. Marcel Ospel, le vainqueur d'il y a dix ans, affronte une tâche plus ingrate et aussi difficile que la fusion, où il fait preuve de son génie stratégique.

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