Lorsqu’il publie sa pièce de théâtre Ubu Roi en avril 1896, Alfred Jarry mêle, avec fracas, l’absurde et le surréalisme. Ubu, monarque gargantuesque, a pris son pays dans les filets de sa démence et de son insatiable appétit financier. Ubu est le roi des taxes, qu’il décrète au gré de ses humeurs sous la plume de cet auteur de 23 ans: «Messieurs, dit-il, nous établirons un impôt de dix pour cent sur la propriété, un autre sur le commerce et l’industrie, et un troisième sur les mariages et un quatrième sur les décès, de quinze francs chacun.» Et qu’importe si ses conseillers répliquent successivement: «Mais c’est idiot. C’est absurde. Ça n’a ni queue ni tête.» Ubu mouline les procédures et les admonestations. Ubu ne se préoccupe pas d’être compris et encore moins aimé par ses concitoyens. Ubu est un roi bureaucrate jamais rassasié.

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