Journalisme

Ueli Maurer en Chine, loin des médias

Seuls les correspondants de presse en poste en Chine ont pu assister au Forum des nouvelles Routes de la soie, le président de la Confédération n’étant accompagné par aucun journaliste venu de Suisse. Ce qui fait débat

Partir ou ne pas partir, le fait du prince ou de la princesse. Le président de la Confédération, Ueli Maurer, s’est envolé lundi 22 avril, direction la Chine, pour participer au deuxième forum sur la «nouvelle Route de la soie» et effectuer une visite d’Etat. Alors que cette rencontre a notamment permis de signer un protocole d’entente en matière économique et financière s’inscrivant dans la Belt and Road Initiative (BRI) entre Pékin et Berne, aucun journaliste n’a pu accompagner le président suisse.

Au sein de la rédaction du Temps, le journaliste qui s’était enquis auprès de l’ambassade de Chine à Berne pour couvrir l’événement a été réorienté vers la Confédération pour être affilié à la délégation officielle. Le service de presse du président de la Confédération lui a alors répondu qu’Ueli Maurer n’avait «pas l’habitude de voyager avec des journalistes». Quand il s’est retourné vers l’ambassadeur de Chine à Berne, la réponse a été courte et nette: «Les inscriptions sont closes.»

Dans les coulisses

Lors de déplacements officiels, des journalistes accompagnent souvent les délégations des conseillers fédéraux, y compris celles des présidents. Ces voyages sont l’occasion d’avoir un accès privilégié aux acteurs impliqués. Même si les journalistes ne sont pas présents dans la salle où se déroulent les négociations, ils sont dans les coulisses, où ils peuvent glaner des informations.

L’an dernier, par exemple, un journaliste de notre rubrique économie est parti au Nigeria et en Côte d’Ivoire avec le conseiller fédéral alors chargé de l’Economie, Johann Schneider-Ammann. Ueli Maurer pour sa part refuse systématiquement d’être accompagné par la presse. Il a d’ailleurs critiqué les médias dans une interview publiée, le 22 avril dernier, dans les journaux du groupe CH Media, en déclarant: «Tout devient plus court, il n’y a plus de profondeur.»


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Un sommet traité depuis Berne

Les projets de la nouvelle Route de la soie, un programme économique et politique de Pékin qui vise à développer les relations commerciales entre les continents avec la construction de ports, de lignes ferroviaires, d’aéroports et de parcs industriels, méritent, d’un point de vue journalistique, de la profondeur. Ce sommet ayant réuni 37 chefs d’Etat ou de gouvernement a pourtant dû être couvert depuis Lausanne. Les dépêches de l’agence de presse ATS étaient elles-mêmes signées de Berne. Et notre page sur le sujet ainsi que l’analyse des conclusions de ce forum ont été écrites dans la rédaction. Le porte-parole d’Ueli Maurer, Peter Minder, a répondu de Pékin aux questions de notre journaliste par téléphone.

«M. Maurer ne se déplace jamais avec des journalistes, s’est-il justifié, contacté mardi par Le Temps. Même s’il l’avait voulu, les autorités chinoises ne l’auraient pas permis, pour assurer la sécurité des déplacements de la délégation. C’est pourquoi nous avons animé trois conférences de presse en Chine.» Seuls les correspondants déjà sur place ont pu y assister.

Plusieurs invitations

Les ministres sont libres d’inviter, ou non, des journalistes. Les délégations étrangères en visite en Suisse sont souvent accompagnées par des représentants des médias. En Suisse, cette pratique était courante dans les années 90 et au début des années 2000. Le changement est devenu perceptible en 2003, après l’élection de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Pendant quelques années, il est devenu plus rare que des conseillers fédéraux proposent à des journalistes de les accompagner. Mais cette pratique a été relancée par la suite. Au cours de son mandat, Johann Schneider-Ammann a régulièrement proposé aux journalistes de l’accompagner, par exemple en Amérique du Sud, en Asie centrale ou en Chine en 2018. Micheline Calmy-Rey l’a souvent fait, ainsi que Pascal Couchepin ou Ignazio Cassis. Didier Burkhalter beaucoup moins. Dans le cas de ce voyage en Chine, c’est le président de la Confédération qui a refusé la présence de journalistes. Une situation qui fait débat.

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