Celui qui joue avec des allumettes ne devrait pas se plaindre lorsque la maison prend feu. Lors de l’assemblée des délégués de l’UDC, tenue en ligne il y a une semaine, le ministre des Finances Ueli Maurer s’est dit inquiet, à juste titre, pour la liberté d’expression en ces temps de pandémie. «Parfois, j’ai l’impression d’être membre d’une secte. Les personnes critiques deviennent instantanément des négationnistes et des incrédules». Or, constate-t-il, sans être fanatique ni théoricien du complot, il faut admettre que «la critique est de moins en moins tolérée dans ce pays. Les gens me disent que l’on ne peut plus rien dire à haute voix.» Partout dans le monde, la gestion de la crise sanitaire est devenue un sujet de dispute et fait ressurgir les animosités. La crise et l’angoisse collective qu’elle a déclenchée agissent comme le révélateur d’un mal-être social larvé. Et avec elles se renforce le besoin de désigner la source du danger: «les autres».

Stratégie de confrontation

Ueli Maurer peut bien s’inquiéter de la dégradation du climat politique. Mais il n’est pas certain qu’il soit le mieux placé pour le faire. Après tout, c’est son parti, l’UDC, qui s’est ingénié ces dernières semaines à souffler sur les braises des ressentiments, qui a lancé les accusations de dictature à l’encontre du Conseil fédéral et qui a tenté de museler les experts de la task force scientifique. Président de l’UDC entre 1996 et 2007, Ueli Maurer aura été le principal artisan de la stratégie agressive, de confrontation, qui a permis à la droite nationale-conservatrice de devenir la première force du pays. «Solange ich Neger sage, bleibt die Kamera bei mir» («aussi longtemps que je parle de nègres, la caméra reste sur moi»), avait-il lâché un jour. En février 2007, un peu plus d’un an avant son élection au Conseil fédéral, il avait lancé une campagne contre les musulmans, accusés de ne pas respecter les valeurs suisses, et contre les Verts et le PS, deux partis «qui veulent abolir nos valeurs, notre culture et nos traditions».