Il y a des jours où l’on se dit que l’on aurait bien vu Ueli Maurer en freak dans les Mothers of Invention de Frank Zappa dans les années 1960, avec son opposition à la culture dominante, son rejet des codes et conventions, sa liberté d’expression et son radicalisme militant. Freak out! Ce serait même assez sympathique si les sonneurs de cloches étaient un groupe de culture underground et si Ueli Maurer n’était pas membre d’un gouvernement collégial. Et comme tel, responsable lui aussi de la santé de la population et de la cohésion du pays. Sa sortie de la mi-septembre mettant en cause le gouvernement auquel il appartient – «Sur le plan sanitaire, le Conseil fédéral et les autorités ont failli» – et les réactions indignées qui ont suivi auront au moins eu le mérite de relancer une fois de plus la question des limites du gouvernement de concordance et de la collégialité dans un paysage politique toujours plus polarisé. Bateau de croisière sur le Léman, «le Conseil fédéral est à l’aise lorsque le soleil brille, mais dénué de concept lorsqu’il pleut», selon le politologue bernois Adrian Vatter. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’affronter les eaux agitées de la crise sanitaire ou celle des relations européennes.