Ce n’est pas un hasard si les murs du Palais fédéral ont entendu bruire cette semaine la rumeur d’une prochaine démission d’Ueli Maurer. Ce scénario est l’expression d’un sentiment réciproque de lassitude. D’un côté, une partie du parlement en a assez de voir le conseiller fédéral UDC jouer avec les limites de la collégialité. De l’autre, Ueli Maurer semble las d’appliquer la règle qui veut que les membres du gouvernement exposent en public le point de vue officiel de celui-ci, même s’ils ne le partagent pas.

Ueli Maurer incarne l’ambiguïté des partis situés sur les pôles de l’échiquier politique, qui slaloment tant bien que mal entre le respect du fonctionnement collégial et le souci de ne pas décevoir leurs fans. Certains édiles réussissent plutôt bien cet exercice d’équilibrisme. Il est difficile de prendre Simonetta Sommaruga, Alain Berset ou Guy Parmelin en défaut. Il en va autrement d’Ueli Maurer. Et ce n’est pas étonnant.

Lire aussi: L’après-Ueli Maurer: ces prétendants qui ne se dévoilent pas

Jusqu’au tournant des années 2000, les conseillers fédéraux UDC étaient tous issus du canal historique, agrarien et économique plutôt que nationaliste et souverainiste. Cela a changé en 2003, lorsque le parti a fait pression pour que son champion, Christoph Blocher, soit lui-même élu. Bien que membre de l’exécutif, il est resté le chef de l’opposition. Une parenthèse s’est ouverte en 2007, lorsqu’il a été évincé au profit d’Eveline Widmer-Schlumpf. La Grisonne a siégé à côté d’un autre modéré, Samuel Schmid, et tous deux quittèrent l’UDC.

Succès très relatif

Qui, durant cette période, menait avec pugnacité la fronde anti-institutions? Ueli Maurer. Avec son élection à fin 2008, c’est l’UDC de la provocation blochérienne qui a fait son retour au Conseil fédéral. Véritable guerrier politique, le Zurichois ne s’est jamais détourné de ce double jeu du gouvernement et de l’opposition.

Au Conseil fédéral, il tente de faire passer les idées chères à son parti, avec un succès très relatif. A l’extérieur, il joue souvent en solo. On a en mémoire sa rencontre avec Donald Trump en 2019, sa seconde année présidentielle. Cet acte de diplomatie personnelle fut peu goûté à Berne. Et il ne rate guère une occasion de montrer son désaccord avec ses collègues.

Lire également: Ueli Maurer se rapproche de la retraite

C’est ce qui s’est passé récemment dans un village zurichois, lorsqu’il a enfilé le maillot des sonneurs protestataires – qui ont ensuite entonné un vibrant «Ueli, Ueli!» sur la place Fédérale – et tenu un discours dans lequel il ne ménageait pas ses critiques sur la gestion de la crise sanitaire. Cet événement a fâché le PS, mais aussi les autres partis. Il n’est pas étranger à la circulation de la rumeur d’une prochaine démission du doyen d’âge et de fonction du Conseil fédéral ainsi que de sa succession. La lassitude se fait sentir.