Lougansk: 81%. Donetsk: 87%. Zaporijjia: 92%. Kherson: 93%. Vous reconnaissez ces noms: ce sont les oblasts ukrainiens qui, prétend le Kremlin, viennent de voter massivement leur rattachement à la Russie, aussitôt entériné par Vladimir Poutine. Mais les chiffres? Ils sont faux: ce sont ceux des écrasantes majorités qui, en 1991, avaient plébiscité l’indépendance de l’Ukraine. Même la Crimée, si russe, avait alors donné un oui, plus modeste. L’intégrité territoriale de l’Ukraine indépendante avait été garantie, trois ans plus tard, par un mémorandum signé par le gouvernement de Boris Eltsine. Naturellement, depuis la guerre limitée de 2014, et depuis le début de l’actuelle guerre totale, une partie de la population a fui les quatre oblasts devant l’assaut des troupes russes. Et depuis le début du siècle, toute cette région russophone a été soumise, en russe, à une intense propagande qui décrit l’Ouest, l’OTAN, l’Europe comme un «collectif russophobe» soumis aux Etats-Unis, acharné au démembrement et à la destruction du monde russe, et Kiev comme un repaire de nazis.