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Ce texte est issu du projet «Ukraine Stories» lancé par le partenaire anglophone du «Temps» Geneva Solutions, qui traite de la Genève internationale. Il s’agit de soutenir et de publier le travail de dizaines de journalistes ukrainiens et russes qui ont perdu leur poste ou leur média mais pas leur savoir-faire.

Une campagne de financement participatif a permis de couvrir les deux premiers mois du projet. Si vous souhaitez le soutenir pour la suite, écrivez info[at]genevasolutions.news

Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Etat souverain voisin, l’Ukraine, 21 professionnels des médias sont morts, d’après Press Emblem Campaign. Plus de la moitié d’entre eux étaient journalistes et ont été tués dans l’exercice de leur fonction. Les autres victimes avaient soit changé leur travail pour servir dans les forces armées et ont été tuées pendant les combats en tant que militaires, ou étaient des représentants des autres professions des médias. Par exemple, enseignants en journalisme, cinéastes, employés de services de presse, entre autres.

Souvent, les journalistes tués ou bléssés portaient des gilets aux couleurs vives avec l’inscription «Presse», ils se déplaçaient dans des voitures avec l’inscription «Presse», et annonçaient haut et fort leur statut professionnel. Mais cela n’a pas empêché les occupants russes de leur tirer dessus.

Abattu avec l’inscription «Presse»

Le célèbre photojournaliste ukrainien Max Levin a été tué à la mi-mars dans la ville de Guta-Mezhyhirska, dans la région de Kiev. Malgré son identification claire, il a été abattu de deux balles par des soldats russes. Brent Renaud, ancien employé du New York Times, portait également l’inscription «Presse» lorsqu’il a été tué le 13 mars par des soldats russes près de la ville d’Irpin.

Dans une telle guerre, les journalistes deviennent des témoins indésirables des crimes de guerre russes – et donc des cibles

Le droit humanitaire international ne prévoit pas de protection supplémentaire pour les journalistes de guerre. Selon les Conventions de Genève, les journalistes sont des civils s’ils ne participent pas aux hostilités. Par conséquent, les soldats russes devraient traiter les journalistes comme d’autres civils et ne pas leur nuire. Malheureusement, les soldats russes se comportent comme des barbares et commettent des crimes de guerre: ils tuent des civils, pillent les maisons des citoyens, torturent et violent des gens. L’armée russe traite les adultes, les enfants, les hommes et les femmes aussi mal les uns que les autres. Le massacre de Boutcha, les tirs à Irpin, les bombardements à Borodyanka et la destruction de Marioupol le confirment. Dans une telle guerre, les journalistes deviennent des témoins indésirables des crimes de guerre russes – et donc des cibles.

Menaces de mort

Les photos incroyables de Marioupol prises par les journalistes d’AP Mstislav Cherbox et Yevhen Maloletka illustrent cette thèse. Ce sont eux qui ont documenté le bombardement de la maternité par les forces russes. Ces photos ont choqué le monde entier et ont influencé la réaction des pays occidentaux à cette guerre. Les photojournalistes ont dû être évacués de Marioupol, car les soldats Russes les pourchassaient délibérément. Depuis leur évacuation, le monde ne dispose plus de données fiables sur le siège de Marioupol, où les combats de rue se poursuivent.

Même quand les journalistes travaillent loin de la ligne de front et enquêtent sur les crimes de guerre, ils sont en danger. Les hackers attaquent constamment les médias ukrainiens et des inconnus menacent de tuer les journalistes ukrainiens dans des lettres privées. Les propagandistes russes déclarent les médias ukrainiens les plus célèbres comme des «ennemis» et publient à leur sujet des informations [afin de les mettre en danger]. Après une série d’empoisonnements d’opposants au Kremlin, ces menaces ne semblent pas vaines. Le travail des journalistes en Ukraine n’a jamais été aussi dangereux.


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