J’ai toujours été lâche. Une petite fille effrayée, une boule de nerfs rétrécie. Cela vient peut-être de ma mère silencieuse, de ma grand-mère muette et de la longue lignée d’ancêtres desquels je ne sais rien. Leur souvenir a été écarté de la mémoire publique, comme s’ils n’avaient jamais existé… Seule la peur demeure. Une substance invisible, contagieuse, qui reste coincée dans les corps. C’est une manière d’identifier les Russes – nous sommes toujours mal à l’aise, sur la défensive et coincés. Lorsque nous entendons du russe n’importe où dans le monde, nous préférons changer de trottoir. Nous ne sommes à l’aise qu’en Russie.