«Tu t’imagines? Toi et moi sommes à une manif contre la guerre et contre Poutine, je tiens une pancarte et je ne suis pas arrêtée. Je sais que nous ne sommes pas en Russie, mais la peur est toujours là.» Cette phrase m’a été dite par l’une des protagonistes de mon documentaire sur l’émigration russe anti-guerre. Au début de mars, je filmais des exilés qui avaient quitté la Russie à cause de la guerre. Nous étions en Turquie, qui n’est pas non plus le pays le plus libre du monde. Mais pour les Russes, qui hier encore tremblaient alors qu’ils étaient poussés dans des voitures de police, étaient interrogés et emprisonnés ou recevaient des amendes pour être sortis avec un morceau de papier sur lequel était écrit «Non à la guerre», Istanbul semblait être la ville la plus libre du monde.