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Ce texte est issu du projet «Ukraine Stories» lancé par le partenaire anglophone du «Temps» Geneva Solutions, qui traite de la Genève internationale. Il s’agit de soutenir et de publier le travail de dizaines de journalistes ukrainiens et russes qui ont perdu leur poste ou leur média mais pas leur savoir-faire.

Une campagne de financement participatif a permis de couvrir les deux premiers mois du projet. Si vous souhaitez le soutenir pour la suite, écrivez info[at]genevasolutions.news

Le nombre de Russes qui ont perdu leur emploi en raison du retrait des entreprises occidentales du pays est estimé à 600’000, selon Andrei Turchak, membre du Conseil de la Fédération de Russie. De grandes entreprises nationales russes comme AvtoVAZ, Ural Airlines, les aéroports de Moscou-Cheremetievo et de Vnoukovo, et d’autres, ont également annoncé la suspension partielle de la production et la mise à l'arrêt de leurs employés.

Des millions de Russes sans salaire

Selon certains économistes, le «chômage caché» augmente dans le pays: les gens ne sont pas licenciés, mais ils en congé sans solde ou à temps partiel. Bientôt, il serait possible que des centaines de milliers, voire des millions de Russes aient officiellement un emploi, mais pas de salaire.

Dans ce contexte, plusieurs raisons présagent une augmentation du taux de criminalité. Lors de la précédente crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19, le nombre de crimes graves et très graves dans le pays a immédiatement augmenté de 14%. Aujourd’hui, même les médias russes pro-gouvernementaux soulignent l’augmentation «significative» du nombre de crimes depuis le début de l'«opération spéciale», même s’ils l’attribuent aux migrants.

«La hausse des prix entraîne toujours une augmentation du nombre de vols, de cambriolages et de pillages. Le pourcentage de crimes est particulièrement élevé chez les personnes qui ont perdu leur emploi et ne peuvent pas quitter la Russie», a déclaré une source du FSB (ex KGB) à l’agence de presse Lenta.ru. Le pays se prépare à cette nouvelle réalité.

Voitures volées pour les pièces

Les compagnies d’assurance russes prévoient ainsi la hausse des vols de voitures pour en récupérer les pièces. Ce n’est pas surprenant car 64% des voitures immatriculées en Russie sont produites à l'étranger, notamment au Japon, en Corée du Sud et en Allemagne. Les constructeurs de ces pays ont annoncé l’arrêt des livraisons de véhicules et de pièces détachées à la Russie. Selon les propriétaires de voitures, les prix de l’entretien ont déjà doublé. Dans ce contexte, la demande pour des systèmes antivol a déjà été multipliée par quatre à Moscou.

Les Russes sont également devenus plus soucieux de la sécurité de leurs autres biens. Selon les représentants de Delta Security Systems, la demande pour la vidéosurveillance et les systèmes d’alarme dans les appartements et les maisons de vacances a été effrénée au début de la guerre. Du 21 au 27 février, elle a augmenté de 43% par rapport au mois précédent, et a atteint 78% pour la première semaine de mars. Aujourd’hui, la situation s’est stabilisée car, selon les sociétés de sécurité, ceux qui pouvaient s’équiper l’ont fait, et les autres n’ont tout simplement pas d’argent.

Ruée sur les armes et les antivols

En parallèle du retrait massif d’argent liquide qui a atteint 1,2 trillion de roubles [18 milliards de francs suisses] durant les premiers jours de la guerre, le besoin de dépôts sécurisés a augmenté. Le 23 mars, des employés du magasin HardSafe ont déclaré au magazine économique russe RBC que la demande pour tous les types de coffres-forts avait augmenté de 100%.

Parmi ces coffres-forts, certains sont destinés à abriter des armes. De fait, d’après les représentants des magasins d’armement, les Russes achètent en masse des carabines telles que Saiga, Beretta Bellmonte, Huglu, ainsi que des munitions.

«Depuis mars, nous ne vendons des armes sérieuses qu'en pré-commande: nous n'avons pas le temps de livrer», m'a confié le gérant d'un magasin d'armes de Kazan. «Les cartouches de calibre 12, les balles 345 TK et 366 TKM, qui sont utilisées dans les fusils de petit calibre, se vendent très bien.» La demande de moyens d'autodéfense classiques comme le spray au poivre a également augmenté: certains vendeurs parlent d'une multiplication par trois des ventes.

Dans ce contexte, le seul fait réconfortant est que les Russes s'intéressent davantage aux chiens. Mais surtout aux chiens de garde et il serait bon que personne n'ait à les utiliser.

Traduction et adaptation: Aylin Elci

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